Ecrire des personnages féminins

La plupart des auteur.rice.s ont intégré l’adage « écrire une personne, pas un genre ». Pourtant, encore trop souvent, nous retrouvons des représentations problématiques ou maladroites chez les personnages féminins.

Des représentations justes et variées permettent au lecteur d’élargir ses horizons du monde et ses possibilités. Une héroïne forte et complexe subvertit les constructions sociales et les stéréotypes négatifs associés au genre.

Des auteur.rice.s ont déjà une démarche féministe et font des efforts dans ce sens, en proposant des représentations diversifiées, avec des personnages crédibles, qui ne sont pas des projections fantasmées de ce que devrait être une féminité idéale.

Pour une meilleure représentation des féminités, vous pouvez pensez à un certain nombre de choses qui vous éviteront de faire des maladresses, voire d’offenser votre lectorat :

Faites attention aux descriptions de vos personnages

Évitez de décrire la poitrine, les hanches ou les fesses de vos personnages féminins. Sauf s’il y a vraiment un intérêt scénaristique (et encore), les femmes n’ont pas besoin de ce type de description pour faire comprendre qu’elles en sont. Si vous ne le faites pas pour vos personnages masculins, il n’y a pas de raison de le faire pour vos personnages féminins. Leurs prénoms ou leurs pronoms suffisent amplement pour renseigner leur genre.

N’utilisez pas le viol comme un outil narratif.

Une femme n’a pas besoin de subir une agression sexuelle pour progresser dans son arc de personnage.

Ne vous en servez pas non plus comme d’un outil pour décrire l’ambiance de votre livre. Une atmosphère sombre et malsaine peut passer par d’autres procédés.

Il ne s’agit pas de ne plus du tout parler de viol, car ce serait l’invisibiliser, mais vous devez faire attention à la façon d’écrire sur ce sujet.

Le trope du woman in fridge

Dans la même lignée, est-ce que la sœur/la mère/la femme de votre héros a vraiment besoin de mourir pour lui donner une raison de se battre ou de se venger ?

C’est le trope du woman in fridge, un procédé très utilisé où un personnage féminin proche du héros est tué pour rendre le héros actif.

Posez-vous la question de savoir si c’est vraiment nécessaire de sacrifier une femme pour votre intrigue, et si un homme ne ferait pas autant l’affaire ?

L’obsession de l’amour

Votre personnage féminin a-t-il d’autres intérêts que l’amour ? Votre personnage doit exister en dehors de cet aspect. À moins que ce soit justement son conflit interne sur lequel elle doit travailler (et encore), un personnage dont la vie ne tourne qu’autour de la poursuite de l’amour est peu crédible, et franchement réducteur.

Les rôles associés au care

Est-ce que votre personnage féminin a un rôle associé au care ? Le care désigne les activités de soin à la personne, dont l’imaginaire commun les attribue aux femmes. Si tous vos personnages féminins sont présentés comme des femmes au foyer, des guérisseuses ou sorcières du village, il y a de fortes chances que vous perpétuez des clichés sexistes. Il faut qu’elles existent et aient une profondeur en dehors de s’occuper de leur famille ou des attentions prodiguées aux autres.

Faites des recherches

Si vous écrivez sur la puberté, sur les règles ou l’anatomie féminine, faites des recherches (ce conseil concerne évidemment surtout les auteurs masculins, mais nous avons également parfois des surprises aussi chez les autrices !).

Lisez des autrices

Faites-vous relire par des femmes si vous avez des personnages féminins importants (et pas que d’ailleurs, il serait dommage de cloisonner votre livre seulement à un public masculin).

Lisez des autrices qui écrivent sur des personnages féminins et comparez les avec la façon dont les auteurs masculins les écrivent. Demandez-vous ce qui vous plaît dans ces personnages et pourquoi ils sont réussis.

Évitez les personnages not like other girls

Évitez les personnages not like other girls. Les personnages féminins qui méprisent les autres femmes, car elles sont trop différentes et préfèrent la compagnie des hommes ne sont pas cools : elles sont sexistes. C’est réduire les autres femmes à des activités genrées au lieu de les considérer comme des êtres humains à part entière. On peut ne pas apprécier des « activités féminines », mais si votre héroïne n’aime pas les autres femmes pour ces raisons, elle n’a rien d’attachant.

Évitez d’écrire vos personnages féminins comme des personnages masculins

Vous n’avez pas forcément besoin d’écrire un personnage féminin comme un personnage masculin. Un conseil qui semble contre-productif, mais une femme n’a pas besoin d’avoir des caractéristiques associées à la masculinité pour être forte. Elle peut être féminine et se distinguer d’autres manières. Vous n’êtes pas obligé de faire un « garçon manqué » si vous voulez un personnage féminin fort.

Travaillez votre worldbuilding sur les questions de genre

Si vous écrivez de la littérature de l’imaginaire, travaillez votre worldbuilding en lien avec les questions de genre. Est-ce que votre monde permet aux femmes d’être l’égal des hommes ou est-ce une société patriarcale/matriarcale (avec tout son lot de degrés différents) ? Quels sont les attributs liés aux féminités et aux masculinités ? Qu’est-ce qui est acceptable sur le plan du genre et ce qui ne l’est pas ? À quel point vos personnages sont-ils déviants de ces normes ?

Le trope de la damzel in distress

Vos personnages féminins se font-ils toujours sauver par des hommes ? Si oui, vous êtes dans le trope de la demoiselle en détresse. Utiliser une femme comme une motivation ou une récompense pour le héros de votre histoire peut entraîner une objectification de ces personnages.

Écrire une personne, pas un genre ?

Le conseil de base que l’on retrouve dans les sphères littéraires est d’écrire une personne plus qu’un genre. Alors évidemment, le genre peut avoir une influence sur la façon dont se comportent vos personnages, en matière d’éducation et de socialisation. Mais lorsque l’on veut écrire un personnage marquant, c’est important de ne pas réduire le personnage uniquement à des caractéristiques genrées.

Il ne s’agit pas d’effacer toute trace du genre. Il peut être intéressant d’insister sur les normes de genre et comment cela impacte la vie de vos personnages, notamment dans le cas des récits d’empowerment. Tout reste évidemment possible, du moment que cela est pertinent dans votre récit et que ce n’est pas réducteur et stéréotypé.

Ne le prenez pas trop à cœur si vous avez commis certaines de ces erreurs, c’est complètement normal ! Nous sommes tellement abreuvés des mêmes clichés et archétypes, que nous finissons par les intégrer et les considérer comme allant de soi. Nous les utilisons alors à notre tour et nous tombons dans le cycle infini des mêmes stéréotypes négatifs en pensant que c’est de cette façon que les choses fonctionnent.

Évidemment, ce sont des conseils, pas des obligations. Dans certains cas, vous n’aurez peut-être pas le choix d’utiliser l’un de ces procédés. Mais si vous n’avez vraiment pas d’autres choix, faites-le d’une manière justifiée et qui n’est pas sexiste.

N’hésitez pas à subvertir tous ces tropes ! Vous pouvez partir de tropes parfois problématiques pour les renverser et en faire des exemples intéressants. De même, en relisant votre manuscrit demandez si certains genres auraient pu être inversés sans que cela n’impacte votre intrigue. Par exemple, si vous écrivez de la fantasy, le personnage avec des pouvoirs de guérison doit-il forcément être une femme ?

C’était un article évidemment très binaire, et j’en suis désolée ! C’est malheureusement le schéma dominant en littérature, car il y a un vrai manque de diversité en matière de représentation du genre (même si cela progresse de plus en plus !). Je compte faire des articles à ce propos afin de voir comment nous pouvons ajouter plus de diversité, et sortir du schéma classique féminin/masculin !

Ressources

Tv Tropes : Not like Other Girls, Women in Fridge

Reddit : r/Writing

Feminist Frequency – Anita Sarkeesian – #2 Women in Refrigerators (Tropes vs. Women)
https://www.youtube.com/watch?v=DInYaHVSLr8&ab_channel=FeministFrequency

Modak, M. (2015). Pascale Molinier : Le travail du care. Nouvelles Questions Féministes, 34, 126-130.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :