Faire une bonne exposition – Partie 2

L’exposition consiste à donner à vos lecteur.rice.s des informations sur votre monde. Si ces détails sont pertinents, intéressants, et écrits de façon agréable, votre monde sera passionnant aux yeux du lectorat.

Nous avons vu dans la précédente partie les maladresses à éviter lorsque vous faites de l’exposition. Nous pouvons donc maintenant nous pencher sur les meilleures manières de la faire en évitant l’infodumping.

Par exemple, si vous voulez que votre livre se destine à un public jeunesse, il faudra prendre soin de faire une courbe d’apprentissage douce.

Comment faire une bonne exposition ?

Grâce au « show, don’t tell »

La règle du « show, don’t tell » est généralement celle à garder en tête lorsque vous voulez donner des informations aux lecteur.rice.s.

La description de votre environnement peut donner de nombreuses informations : des ruines et des cadavres qui jonchent le sol montrent par exemple qu’une guerre a pu avoir lieu. Faites confiance à votre lectorat pour déduire ce qu’il s’est passé, c’est beaucoup plus gratifiant.

De même, plutôt que d’écrire des paragraphes entiers sur le fonctionnement de votre monde et tomber dans l’infodumping, il faut que vous appreniez à disséminer les informations de manière subtile.

Grâce à la narration

Il peut être intéressant d’ajouter des conséquences aux scènes d’exposition : lorsqu’un personnage apprend des informations en même temps que le lecteur, cela peut avoir un impact sur la façon dont il va se comporter ensuite. Utiliser des plot twists avant ou après les passages d’exposition est également une façon de rendre ces scènes plus mémorables, à cause justement de ses conséquences.

Dans la même lignée, utiliser l’exposition pour montrer des conflits est une bonne stratégie : cela met en jeu les croyances ou les valeurs des personnages, en approfondissant à la fois votre monde et vos personnages.

Grâce aux dialogues

Vous pouvez aussi faire de l’exposition à travers les dialogues. Mais attention de ne pas tomber dans les clichés dans la publication précédente. Brandon Sanderson explique que la meilleure façon de donner des informations dans des dialogues est d’en profiter pour caractériser vos personnages. Les personnages peuvent se contredire, mettre en doute ce qui est dit, ou apporter d’autres éléments.

De manière générale, c’est mieux d’éviter les monologues et les faux monologues (un personnage fait une longue exposition, entrecoupée par des « Ah ! » ou « Je vois. » d’autres personnages).

Grâce aux points de vue de vos personnages

Lorsque vous écrivez du point de vue des personnages, il est souvent inutile de décrire des choses qu’ils sont censés déjà connaître, car cela casse l’immersion pour les lecteur.rice.s.

En revanche, si un personnage voit quelque chose pour la première fois, c’est peut-être une bonne occasion de décrire ce qu’il voit en faisant des liens avec ce qu’il connaît (et qui n’est justement pas connu du lectorat).

Mais gardez également en tête que vous n’avez pas besoin de tout décrire ou expliquer. Vos lecteur.rice.s ne sont pas stupides : beaucoup de choses peuvent être déduites avec très peu d’informations.

Enfin, l’une des façons les plus simples est de tout simplement intégrer des éléments de votre worldbuilding lors des descriptions des actions des personnages, ou la façon dont ils perçoivent le monde.

Brandon Sanderson prend l’exemple de La Roue du Temps où l’auteur en décrivant simplement un verre du point de vue de son personnage, en dit énormément sur sa culture.

Attention cependant, vous n’avez peut-être pas besoin d’inclure TOUT votre worldbuilding dans votre livre. N’incluez que ce qui est nécessaire à l’intrigue pour ne pas noyer les lecteur.rice.s de détails inutiles.

Faut-il éviter les prologues ?

Concernant les prologues où l’on explique la mythologie du monde avant que l’intrigue ne commence, ils sont de plus en plus abandonnés. Les prologues sont devenus clichés, c’est pourquoi certains auteurs comme Orson Scott Card sont fermement contre leur utilisation.

Cependant, pas besoin d’être aussi catégorique, faites-en un si vous le désirez, mais gardez en tête que certain.e.s lecteur.rice.s sautent les prologues. N’y délivrez donc pas des informations capitales ou que vous ne rappellerez pas au cours de votre histoire.

De manière générale, il faut également éviter de submerger le lecteur d’exposition dans le premier chapitre et déplacer cela à plus tard. Le but du premier chapitre est d’accrocher votre lectorat, pas de l’endormir !

Conclusion

Donner des informations de manière subtile et intéressante pour le lectorat n’est pas simple, et si vous n’y arrivez pas, cela ne doit pas vous freiner dans votre écriture !

L’infodumping est rarement sanctionné par les éditeurs ou les lecteur.rice.s si la quantité est raisonnable. Le seul risque est que cela casse l’immersion et le rythme de votre récit. Mais si votre monde est suffisamment intéressant, votre lectorat vous pardonnera ces lenteurs.

Comme je l’ai dit, ne vous prenez pas non plus trop la tête sur ces deux aspects ! Évitez les plus grosses ficelles pour donner vos informations, et si vous y arrivez bien, votre livre passera de très bon à excellent 😉 Même les plus grands nous abreuvent parfois d’informations sans subtilité, comme Tolkien par exemple avec sa très longue introduction qui décrit le peuple des Hobbits en long et en large. Un choix à double tranchant : autant certain.es peuvent se passionner par ce que vous racontez, autant vous avez des chances que les lecteur.rice.s abandonnent simplement votre roman (j’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois pour enfin finir le SdA !). Gardez tout de même en tête que ce qui se publiait à l’époque ne se publierait pas forcément aujourd’hui : les normes d’écriture et de narration ont évolué.

La règle générale à utiliser pour l’exposition est celle du « show, don’t tell ». Retenez également ceci : soyez subtile, soyez patient.e pour disséminer vos informations et profitez-en pour rendre votre exposition pertinente. Vous décrivez certes votre univers et ses lois, mais vous pouvez aussi montrer comment sont les personnages, les caractériser à travers les dialogues, ou encore tourner le tout sous une scène d’action qui permet de faire avancer l’histoire.

L’exposition doit vraiment concerner les choses qui ont besoin d’être dites pour la compréhension de l’intrigue ou du monde. Mais si les informations peuvent être montrées ou déduites de votre lectorat, alors c’est encore mieux. Si l’information n’est pas absolument nécessaire, l’audience n’en a pas besoin et ne voudra pas forcément la savoir non plus.

Dans la dernière partie, nous verrons la courbe d’apprentissage. Un outil important pour déterminer le type d’exposition à faire en fonction de votre genre littéraire !

Sources

Orson Scott Card – Comment écrire de la Fantasy et de la Science-Fiction

Brandon Sanderson – Cours donnés à la BYU (consultables sur YouTube)

Timothy Hickson – On Writing and Worldbuilding : Volume I

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