Faire une bonne exposition – Partie 3 : La courbe d’apprentissage

L’exposition consiste à donner à votre lectorat des informations sur l’univers de votre histoire. Si ces détails sont pertinents, intéressants, et écrits de façon agréable, votre monde sera passionnant aux yeux des lecteur.rices.

Après avoir vu les maladresses à éviter lorsque vous faites de l’exposition et les bonnes manières de la faire, nous allons désormais nous concentrer sur les courbes d’apprentissage du lectorat.

Dans son cours de Creative Writing à l’université BYU, Brandon Sanderson explique que les lecteur.rice.s ont une courbe d’apprentissage, et c’est à l’auteur.rice de déterminer à quel point elle doit être douce ou raide.

Quelle courbe pour quel lectorat ?

Généralement, plus le lectorat que l’on cible est jeune, plus la courbe d’apprentissage est censée être douce. Les romans de fantasy de type « portail » où le protagoniste atterrit dans un autre monde (Harry Potter, Narnia, etc.) permettent de faire des personnages de type Watson (des personnages extérieurs ou non à votre monde, qui posent beaucoup de questions pour le comprendre), qui sont généralement bien tolérés. Les personnages Watson sont en effet la ficelle narrative la plus simple pour donner des informations clairement.

Mais à mesure que vous écrivez pour un public plus âgé, la courbe d’apprentissage peut se corser et certaines facilités d’exposition comme ce trope seront moins facilement acceptées.

À mesure que l’âge des lecteur.rices progresse, la courbe d’apprentissage est généralement plus élevée. Cela n’empêche évidemment en rien qu’un adulte puisse avoir envie d’une lecture détente qui le fait rentrer rapidement dans le récit.

Courbe douce ou raide ?

Vous pouvez créer une courbe d’apprentissage très raide, où vous délivrez l’essentiel des informations très rapidement aux lecteur.rices (souvent sous la forme d’un prologue), mais cela risque d’en faire abandonner un certain nombre. Brandon Sanderson, lui, explique avoir fait ce choix dans La voie des Rois car il savait qu’il avait une fanbase derrière lui et que cela lui serait plus facilement pardonné.

Brandon Sanderson explique également qu’il y a eu un tournant dans les années 90 dans la façon dont étaient transmises les informations aux lecteur.rices. Auparavant, les auteur.rices écrivaient des prologues, des introductions, voire même des encyclopédies, pour expliquer le fonctionnement de leur monde.

Mais après l’impact qu’ont eu les livres de G.R.R. Martin, les auteur.rices ont ensuite commencé à plonger directement le lectorat dans leur univers, avec très peu de choses directement expliquées.

Le paroxysme de cette méthode serait Steven Erikson avec son cycle Malazéen où presque rien n’est expliqué sur le lore ou la magie bien qu’ils soient omniprésents dans l’action et les dialogues des personnages (la fameuse règle du « si le personnage le sait, pas besoin de l’expliquer » appliquée à une série entière).

Les avantages d’une courbe douce est que vous élargissez votre lectorat, et il y a donc moins de chances d’abandon parce que les lecteur.rice.s « ne comprennent rien ». En revanche, on risque de parfois considérer votre univers comme simpliste ou pas assez travaillé si vous êtes trop avare en informations.

Si vous faites une courbe d’apprentissage plus raide, il y a un risque plus important que votre lectorat abandonne votre livre rapidement. Mais si vous arrivez à le happer, alors chaque exposition sera un délice pour lui et il sera avide d’en connaître plus sur votre monde. Dans le cas extrême de Steven Erikson, sa courbe donne un sentiment gratifiant si les lecteur.rices parviennent à recoller les morceaux et cela contribue à alimenter de nombreuses discussions parmi les fans.

La courbe d’apprentissage est donc à adapter en fonction de votre public, mais également selon ce que vous attendez d’eux. Si vous avez un certain niveau d’exigence concernant vos lecteur.rices, la courbe raide peut être indiquée dans votre cas. En revanche, si vous souhaitez proposer une histoire que tout le monde peut apprécier, une courbe douce est peut-être un meilleur choix.

Dans le cas des littératures de l’imaginaire, on est souvent dans ce qu’on appelle le Hemingway’s iceberg où les informations sont distillées tout du long. Tandis que pour d’autres, il faut parfois s’accrocher au début du livre, le temps d’assimiler toutes les informations, puis les choses finissent par faire sens.

Attention aux mythologies communes

Attention également dans le cas où vous écrivez une histoire dont la mythologie prend racine avec notre monde. Brandon Sanderson prend l’exemple des vampires : les lecteur.rices partagent tous un imaginaire commun à propos de ces êtres surnaturels (dents pointues, séduisants, ne supportent pas le jour, etc).

Mais si dans votre monde vous intégrez des êtres qui ressemblent à des vampires (et encore plus si vous utilisez le mot « vampire » pour les qualifier), vous allez devoir très vite préciser en quoi vos vampires sont différents de ceux que le lectorat connait. Si vous tardez trop à le faire, vous risquez d’embrouiller votre audience qui a passé une bonne partie du livre à projeter son imaginaire sur vos personnages, alors qu’ils sont peut-être très différents.

Quelques exemples

Brandon Sanderson donne ces trois exemples pour illustrer les courbes d’apprentissage :

– J.K. Rowling distille des informations tout au long de sa série et commence à introduire la mythologie des sorciers dans les derniers tomes.

– G.R.R. Martin délivre des informations en permanence sur les différentes maisons et la géopolitique de son univers.

– Tandis que Steven Erikson n’explique presque rien, mais les lecteur.rices parviennent à recoller les morceaux au fil de leur lecture, comme un puzzle.

Conclusion

C’est tout pour cette dernière partie sur l’exposition ! J’espère que ces petites publications vous auront été utiles afin d’éviter les fameux « Comme tu le sais… ».

Comme je l’ai répété plusieurs fois, il ne faut pas trop vous culpabiliser sur l’exposition. Parfois vous n’y échapperez pas et ce n’est pas grave, même les plus grands ont fait des maladresses. Si le reste de votre roman se tient, et que vous ne tombez pas complètement dans l’infodumping, ce n’est pas un souci, aucun manuscrit n’est parfait en tout point ! L’important est d’écrire les choses dont vous avez envie, en essayant de les transmettre de la meilleure façon possible !

4 commentaires sur « Faire une bonne exposition – Partie 3 : La courbe d’apprentissage »

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