Ecrire sur l’autisme

Les troubles du spectre autistique (TSA) sont l’une des neurodiversités les plus représentées dans la culture populaire. Et pourtant, la façon dont sont montrés et utilisés narrativement les personnages autistes renforce souvent un certain nombre de stéréotypes négatifs.

C’est d’ailleurs surtout ce que l’on imagine être le « syndrome d’Asperger » (un terme lui-même problématique et qui établit des hiérarchies, donc à éviter) qui est le plus représenté parmi les TSA. Une forme d’autisme fantasmée que les créateurices ont l’air de considérer comme la forme la plus « divertissante ».

Plutôt que de se référer à l’autisme comme un ensemble rigide et homogène, il faut plutôt le penser comme un spectre, mais qui ne serait pas linéaire pour autant : chaque individu peut éprouver des différences ou des difficultés sur des choses très distinctes (socialisation, routines, caractéristiques sensorielles, stimming, perception, etc.).

Photo tirée du compte Instagram @autism_sketches

L’autisme d’Hollywood

L’erreur la plus commune que l’on retrouve dans la culture populaire est d’appliquer une sorte de checklist des traits les plus « intéressants » qui peuvent caractériser les TSA à l’un des personnages. Ce qui donne donc souvent des personnages stéréotypés à l’extrême. Ces représentations faussées en sont devenues un trope : l’Hollywood autism. Ce trope tire son nom de ces productions grand public qui ont construit une représentation erronée, mais connue de tous·tes, à propos de l’autisme.

Le personnage sera souvent un homme blanc hétéro ou asexuel et présenté comme un génie des sciences. Il peut être un ressort comique de type Idiot Savant, bizarre ou immature censé agacer les autres personnages neurotypiques (Insufferable Genius). Généralement, il ne fait preuve d’aucune empathie et ne comprend pas l’ironie (Literal Minded). Il ne parle pas beaucoup ou alors beaucoup trop des sujets qui n’intéressent pas les autres personnages.

Les personnages autistes sont souvent utilisés comme un ressort tragique ou comique plutôt que comme des personnages à part entière qui vivent et expérimentent les choses de manière différente.

Dans les univers fantastiques, les personnages avec des TSA sont également parfois dépeints comme ayant des pouvoirs extra-sensoriels, capables d’utiliser la télépathie, télékinésie, etc. On tombe alors dans le trope du Disability Superpower ou Inspirationnaly Disadvantage.

Ils peuvent même être présentés comme des serial killers ou des sociopathes à cause du fameux trait « difficulté à ressentir de l’empathie » qui n’est pourtant pas commun à toutes les personnes autistes et surtout, se traduit de manière très différente que celle que l’on imagine.

L’importance de bonnes représentations

L’importance de proposer des personnages neurodivergents justes permet à la fois de donner une visibilité à ces personnes qui sont sous-représentées, mais surtout casser les stéréotypes négatifs qui leur sont associés. Des études ont montré que les individus ont tendance à percevoir l’autisme de façon négative, en l’associant, à tort, à une maladie et à des stéréotypes problématiques. Des chercheur·euses ont par exemple demandé à des personnes qui pensent qu’elles ne côtoient pas d’autistes dans leur vie de tous les jours de citer les mots qui leur venaient en tête lorsqu’elles pensaient à l’autisme.

Des mots comme « rain-man », « maladie », « enfermement », « silence » ou « intelligence » sont des mots qui reviennent fréquemment, ce qui montre à quel point les TSA sont méconnus du grand public.

Dachez, J., N’Dobo, A. & Navarro Carrascal, O. (2016). Représentation sociale de l’autisme. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 112, 477-500.

Une personne sur le spectre autistique n’est pas non plus forcément un génie. La proportion de « génies » est loin d’être la norme et c’est quelque chose d’objectivement difficile à mesurer si le talent ne s’apparente pas à quelque chose de valorisé socialement.

Cette représentation de « génies autistes » ou de l’intelligence peut créer des complexes chez toutes les personnes qui n’ont pas hérité des soi-disant avantages des TSA. Iels peuvent être même être décrédibilisé·es, car iels ne correspondent pas aux clichés de l’autisme hollywoodien (le fameux « t’as pas l’air autiste pourtant »).

De la même façon, les femmes, les personnes racisées, queers, etc., peuvent également présenter cette neurodiversité, et sont alors victimes d’une double invisibilisation.

L’autisme d’Hollywood présente donc un autisme monolithique et romancé, où seuls les côtés les plus positifs, tragiques ou drôles des TSA sont mis en valeur plutôt qu’une représentation tendant vers la justesse.

Comment écrire bien écrire un personnage autiste ?

Il ne suffit pas de taper « autisme » dans Google et appliquer tous les traits caractéristiques à un personnage. L’autisme n’est pas une checklist à remplir.

Votre personnage peut avoir une caractéristique handicapante pour les normes de votre monde, mais peut également avoir des tactiques pour s’y adapter. Les TSA sont certes vécus comme un handicap par la plupart des personnes concernées, mais ce n’est pas non plus une raison pour tomber dans le pathos.

Plus que tout, l’autisme n’est pas un trait de personnalité. Cela peut influencer certains comportements ou mécanismes, mais des aspects liés à la personnalité peuvent être complètement indépendants des TSA. Le spectre de l’autisme est très large, et chaque personne autiste sera différente, car non seulement leurs particularités ne seront pas forcément les mêmes, mais surtout elles auront chacune leur propre personnalité.

Demandez-vous pourquoi également vous voulez rajouter des personnages neurodivergents dans votre roman. Même si cela part d’une bonne intention, veillez à ne pas tomber dans le tokénisme (le fait de rajouter des personnages minorés simplement pour rajouter de la diversité de manière artificielle) ou utiliser ces personnages comme ressorts narratifs.

Si vous écrivez pour sensibiliser à ce sujet, veillez à bien faire vos recherches, échanger avec des personnes concernées et surtout, vous faire relire par elles.

Veillez également à ne pas forcément utiliser cette neurodivergence comme un conflit. Dans de nombreuses œuvres, les protagonistes ont du mal à atteindre leurs désirs ou leur but justement à cause de cette différence. Et souvent, pour réussir à avoir ce qu’ils veulent, les créateurices sous-entendent que ces personnes doivent être plus « normales », et moins autistes, ce qui est une posture assez problématique.

Conclusion

Nous pouvons donc voir l’impact des représentations de la culture populaire sur la perception des personnes situées sur le spectre autistique. En tant qu’auteurice, si vous souhaitez participer à une représentation plus juste, il est donc extrêmement important que vous fassiez des recherches approfondies sur le sujet.

Ne calquez pas vos personnages sur ceux proposés dans les films, séries ou livres grand public. Pour avoir une idée de bonnes représentations, lisez de préférence des livres écrits par des personnes concernées et/ou dont les représentations sont réputées être justes.

Lisez des études, renseignez-vous sur les forums ou les subreddits pertinents (r/aspergers, r/aspergirls, r/autism) pour mieux comprendre comment cela peut se traduire au quotidien. Renseignez-vous aussi sur les sphères militantes qui proposent différentes façons de réfléchir à cette neurodivergence et la manière dont elle est appréhendée par la société et/ou la psychiatrie.

Je vous mets également les passages très justes de l’article du blog bienetreautiste sur la représentation de l’autisme dans les médias :

« La rareté des personnages autistes dans la fiction et leur homogénéité crée une image mentale erronée dans l’esprit du grand public qui n’a sans doute jamais rencontré de personne autiste – ou qui, paradoxe, en a rencontrées plusieurs sans savoir qu’elles étaient autistes parce que ce genre de chose n’est pas écrit sur le front des gens. »

« La représentation de l’autisme dans les médias est importante aussi pour les autistes parce qu’elle permet de leur donner des modèles, des exemples de personnes qui leur ressemblent. Elle envoie le message que les autistes aussi ont des histoires qui méritent qu’on les raconte. Lorsqu’on montre un adulte autiste, on dit essentiellement à tous les enfants autistes qu’ils ont un futur. On dit à tous les adultes autistes que oui, les gens comme eux existent et rencontrent leurs propres défis. »

Ressources utilisées pour l’article

Chamak B. (2018) Modifications des représentations sociales de l’autisme et introduction du concept “ autism-friendly ”. Enfances & Psy , ERES, 4 (80), pp.63-73.

Dachez, J., N’Dobo, A. & Navarro Carrascal, O. (2016). Représentation sociale de l’autisme. Les Cahiers Internationaux de Psychologie Sociale, 112, 477-500.

Osteen, M. (Ed.). (2010). Autism and representation. Routledge.

Pages TV Tropes (Hollywood Autism, Useful Notes / Autism + Asperger Syndrome, Idiot Savant, Insufferable Genius, Literal-Minded )

L’article « La représentation de l’autisme dans les médias » du blog Bien être autiste

Les vidéos de la chaine YouTube d’Alistair H Paradoxae sur l’autisme

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