Le foreshadowing

Le foreshadowing consiste à introduire dans une scène des éléments qui pourront évoquer la suite du récit. Cela peut susciter de l’anticipation chez le lectorat, mais aussi rajouter de la cohésion à l’ensemble du roman.

C’est donc un procédé narratif qui permet d’ajouter des détails intéressants, à structurer l’histoire, mais est également une récompense satisfaisante pour les lecteur.rices.

Le foreshadowing n’est en soi, que purement cosmétique : il sert surtout à rendre des événements inattendus crédibles, mais cela peut aussi servir à investir le lectorat dans l’histoire, voire le pousser à relire le livre une deuxième fois pour se rendre compte de tous les détails décisifs du roman.

Il y a beaucoup de types de foreshadowing différents, mais les plus fréquents sont les suivants :

La pré-scène : c’est une version miniature de ce qui attend les personnages (par exemple des enfants qui font semblant de jouer à la guerre quand l’acte final du roman est justement basé sur une campagne militaire).

La description irrégulière : c’est la description d’une chose qui n’a pas besoin d’être habituellement décrit.

Dans Harry Potter, J.K. Rowling fait une description irrégulière quand elle passe un certain temps à décrire la cicatrice d’Harry au début du livre. En général, quand on décrit une cicatrice (ou une caractéristique physique particulière), c’est qu’il y a une volonté de développer la raison pour laquelle elle existe. Tout le monde a des cicatrices, donc si on le signale, c’est que le lectorat est en droit d’attendre quelque chose de ce détail.

Le fusil de Tchekhov : c’est le foreshadowing le plus connu. Il énonce la règle que chaque détail dans un récit est censé avoir son importance narrative.

On peut tordre ce concept avec le principe que si quelque chose devient important plus tard dans l’histoire, alors il faut en faire un foreshadowing très tôt.

Cela permet ainsi d’éviter les fins de type deus ex machina trop maladroites. Si c’est le cas de votre histoire, vous pouvez peut-être essayer de sauver le tout en ajoutant des éléments au début du récit qui peuvent expliquer cette résolution finale.

Le symbolisme : c’est l’utilisation de symboles pour prédire des événements qui vont se passer plus tard dans le récit. C’est une sorte de fusil de Tchekhov, mais en plus subtil.

Par exemple dans Le Trône de Fer, où Ned Stark tombe au début du premier tome sur un loup mort en tuant un cerf, qui est un foreshadowing des familles Stark et Baratheon (dont les blasons correspondent à ces animaux) qui vont s’entretuer.

Cela peut être moins subtil, avec par exemple le ciel qui se couvre, annonciateur d’un orage et qui laisse généralement supposer que des problèmes arrivent. C’est généralement mieux de laisser des symboles plus discrets, et qui laissent la place à l’interprétation. On peut également transformer ces symboles en motifs, et les faire revenir régulièrement dans l’histoire pour rappeler un thème sous-jacent.

L’action irrégulière : c’est lorsqu’un des personnages agit bizarrement et pas en accord avec sa caractérisation, ce qui amène le lectorat à se poser des questions. C’est cette action particulière qui peut faire le lien avec des informations révélées plus tard, et permet alors de comprendre ce comportement étrange.

Le hareng rouge : c’est un foreshadowing un peu différent des autres, car il n’ajoute pas de la crédibilité, mais perd au contraire le lectorat dans de fausses pistes pour aboutir à un plot twist non anticipé. Il est beaucoup utilisé dans les livres policiers, pour nous pousser à croire qu’un personnage est le coupable plutôt qu’un autre.

On peut aussi faire des foreshadowing d’événements majeurs (par exemple une prophétie), mais le lectorat ne connait pas exactement les détails. Cela crée une attente en montrant le contour de ce qui va arriver, mais pas précisément de quelle façon.

Le foreshadowing peut également servir le ton de votre histoire : vous pouvez laisser des indices sur le fait que l’histoire peut prendre un tournant sombre afin que les lecteur.rices ne tombent pas des nues lorsque les moments difficiles arrivent (même si le plot twist inattendu peut aussi être intéressant à utiliser). Cela crée du suspense et une anticipation chez le lectorat qui est poussé à continuer l’histoire pour voir à quel moment tout va dégénérer.

Timothy Hickson dans On Writing and Worldbuilding résume le tout en donnant les usages les plus communs aux foreshadowing évoqués :

« Les pré-scènes sont souvent utilisées pour faire des changements de ton crédibles, les actions irrégulières sont souvent utilisées pour rendre la révélation du meurtrier crédible, le symbolisme est souvent utilisé pour rendre les climax à la fin d’un acte crédible, et les descriptions irrégulières d’objets sont souvent utilisées pour rendre une résolution d’une enquête crédible. »

Conclusion

Si jamais vous vous êtes empêtré dans une fin délicate où vous n’avez pas eu d’autres choix que d’utiliser un deus ex machina, le foreshadowing peut parfois sauver votre récit ! Mais c’est surtout un bon moyen d’ajouter plus de cohésion à vos différents éléments narratifs.

Vous pouvez tout à fait penser à ces détails lors de l’écriture du premier jet, mais généralement, c’est plutôt quelque chose qui vous viendra plus facilement lors des réécritures, quand vous aurez déjà tous les éléments de votre histoire.

En dehors du fait que cela rajoute de la cohérence, et corrige parfois des points un peu bancals, cela permet surtout de rajouter une impression de profondeur à votre récit en laissant croire aux lecteurs que vous aviez absolument tout prévu depuis le départ ! Lors d’une relecture, ils se diront pour certains de ces foreshadowing « ah, mais oui, c’était marqué juste ici, comment je n’ai pas pu voir ça ! », et c’est typiquement le genre de choses très satisfaisantes !

Pour celleux qui sont intéréssé.es par plus de détails à ce sujet (et sont à l’aise avec l’anglais), cette publication est un résumé du chapitre dédié au foreshadowing du livre de Timothy Hickson On Writing and Worldbuilding : Volume 1 ! 😊

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