La New Romance : le mauvais genre par excellence ?

Dans Lettre à celle qui lit mes romances érotiques et qui devrait arrêter tout de suite, Camille Emmanuelle revient sur les représentations problématiques du couple qui sont faites dans la New Romance.

Des dénonciations légitimes, mais le problème est que l’autrice tombe aussi dans la panique morale et présuppose une incapacité de ces lectrices à faire la part entre la réalité et la fiction.

Les romans de New Romance (ou New Adult ou littérature érotique) relatent généralement le quotidien d’une héroïne qui entre dans la vie d’adulte et rencontre un homme ténébreux avec qui elle va vivre une relation tumultueuse. Ce qui marque la frontière entre la littérature sentimentale classique sont les scènes de sexe explicites. 50 nuances de Grey et After sont les représentants les plus emblématiques du mouvement. C’est un genre très porteur, dont les romans se hissent sans problème dans les tops de ventes ebook Amazon (ça marche beaucoup mieux en ebook, car c’est une lecture encore mal acceptée socialement, et les couvertures très révélatrices n’aident pas à assumer leurs lectures).

Public

Camille Emmanuelle résume en quelques phrases le profil marketing du public :

« Tu as entre 18 et 30 ans. Tu es plutôt urbaine. Tu as raffolé de Cinquante Nuances de Grey, et tu es une avide lectrice de romances érotiques et de magazines féminins. Tu aimes bien les comédies romantiques au cinéma, et tu regardes Grey’s Anatomy à la télé. Tu adores sortir avec tes copines, et avoir des « papillons dans le ventre » quand tu rencontres un homme. En tout cas, c’est ainsi que la maison d’édition m’a parlé de toi. »

Il faut également rajouter que le lectorat de la New Romance appartiendrait également en partie non négligeable à une couche plus populaire de la population. Un détail qui a toute son importance dans les points que l’on va développer plus tard.

« Les lectrices souvent stigmatisées de ces romans, qui appartiennent aux catégories sociales les moins cultivées – au sens de la culture légitime, celle reconnue comme constituante d’un capital – pas ou peu diplômées, insérées dans des foyers d’agriculteurs, d’ouvriers ou d’employés, de retraités (Donnat, 1998). Force est alors de constater que nous ne sommes pas face à « un discours du peuple sur le peuple »), mais face à une industrie culturelle, c’est-à-dire à une marchandise culturelle produite industriellement pour une consommation de masse (Adorno, Horkeimer, 1944) » Béatrice Damian-Gaillard

Style

Pour ce qui est de la stylistique, il faut, toujours selon Camille Emmanuelle, que vous évitiez justement le plus possible de faire parler votre prose. Préférez un style simple, au présent, écrit à la première personne, avec des figures de style qui ne laissent que peu de place à la poésie ou la subtilité. Toutes les pensées de la narratrice doivent également apparaître en italique, tout comme les émotions doivent être indiquées explicitement, avec des « lancé-je, en colère », « me souffle-t-il, avec un air sensuel », « rétorqua-t-il, amusé ».

L’aseptisation du style et le schéma narratif très codifié qui se retrouvent d’un roman à l’autre sont en réalité une façon de correspondre à l’idée fantasmée de ce que les éditeurs se font de leur public.

Un public basé justement sur cette couche de femmes issues des classes populaires, où les maisons d’édition supposent qu’elles ne veulent pas d’une lecture « compliquée »:

« Celle-ci se fonde sur les archétypes, les valeurs, les maximes, les clichés et les stéréotypes culturels partagés par le plus grand nombre, ce qui facilite le processus de standardisation, rend accessible la lecture des romans aux groupes sociaux les moins dotés en capital culturel, et ce qui favorise l’internationalisation de leur diffusion. Il est certain que ce projet industriel ne tend pas vers une remise en cause de « l’arrangement des sexes » (Goffman, 2002), mais, au contraire, le naturalise (Bourdieu, 1998) » (Damian-Gaillard, Béatrice)

Les personnages

« Comme le note Bruno Péquignot (1991 : 191), « le roman sentimental nous offre d’une certaine manière une sorte de concentré de la vie sociale, et de ses représentations collectives des classes sociales, des professions, des rapports hommes-femmes, des adultes et des enfants, du travail et du non-travail, etc. » Béatrice Damian-Gaillard

Les personnages de ces romans sont très archétypaux et aux personnalités peu complexes, et définis seulement par quelques traits de personnalité.

En s’appuyant sur un corpus de plusieurs romans issus des collections Harlequin, Béatrice Damian-Gaillard dans son article sur les romans sentimentaux a réussi à dégager des profils types de personnages :

Le type de protagoniste que l’on retrouve presque à chaque fois est un personnage masculin plus âgé que l’héroïne, qui a une meilleure position sociale et qui partage les mêmes caractéristiques que la plupart des autres héros appartenant à cette littérature :

« Il approche l’idéal, voire caricature la masculinité hégémonique : l’homme fort, sans égal, imposant, autoritaire, mais protecteur, irrésistible, car charismatique, irradiant un magnétisme que nul ne peut combattre. » Béatrice Damian-Gaillard

Les personnages sont blancs, hétérosexuels et performent les attendus du couple dans l’imaginaire commun.

La justification des maisons d’édition sur ce manque de diversité est que généralement cela ne correspond pas à leur ligne éditoriale ou leur public (et donc n’arrange pas leurs ventes).

Malheureusement comme dans le cas de beaucoup d’industries culturelles, si la rentabilité n’est pas présente, les efforts en termes de représentations sont vite abandonnés. Il y a un manque de prise de risque, de la part des plus petites maisons d’édition, ce qui est compréhensible, mais également des leaders du marché, qui se contentent de marketingiser leurs lectorats, niant ainsi toute leur dimension à apprécier ce qui sort des sentiers battus ou des nouvelles visions du couple et de la sexualité.

Les représentations de la diversité

Nous avons souvent une seule forme de féminité et une seule forme de masculinité qui sont présentées à travers ces livres. Tout ce qui sort de la norme est écarté, voire moqué.

Les hommes présentés sont des « mâles alpha », des hommes dominants dont tout leur réussit : ils sont beaux, musclés et leur membre viril est « imposant ». Ils sont souvent désagréables au premier abord, mais se révèlent par la suite capables d’affection.

Les femmes, quant à elle, correspondent également à l’idéal de la féminité actuel : elles sont indépendantes, drôles, ne se laissent pas marcher sur les pieds, mais peuvent aussi faire preuve de douceur, voire de naïveté.

Les corps qui sortent de cette norme sont invisibilisés, tout comme les sexualités non hétérosexuelles. Lorsque le héros est racisé, il est exotisé et caricaturé pour correspondre à des stéréotypes populaires. Ils ne peuvent pas être simplement caractérisés normalement, comme le montrent Mélie Fraysse et Marie-Carmen Garcia à propos d’un personnage masculin dans la série Harlequin « Orientale » :

« La représentation stéréotypée de « L’Arabe », comme figure narrative, montre celui-ci comme brutal, sauvage, jaloux et polygame. Cette représentation de « l’homme arabe » ne concerne pas seulement – peut-être pas prioritairement – une stigmatisation des hommes orientaux en Occident (Macé, 2007), mais une image des femmes en Orient (dominées, asservies…) qui légitime le contrôle des femmes dans les pays occidentaux […] »

Les auteur.rices qui mettent en avant des personnes transgenres, racisés, mais aussi des romances gays ou tout ce qui sort de la norme hétérosexuelle sont directement catégorisé.es dans des sous-genres de niche, très peu exploités par les maisons d’édition alors que de nombreux textes en ligne ou en autoédition mettent ces relations à l’honneur. Les rares romans de littérature érotique publiés par des maisons d’édition qui mettent par exemple en avant des corps transgenres sont souvent écrits par des personnes non concernées et qui peuvent sexualiser et stéréotyper de manière négative ces personnages, comme on peut le voir dans les romans de Françoise Rey et ses descriptions très transphobes.

« Nous avons trouvé dans ce corpus une quinzaine d’auteur.e.s parlant de manière significative, et non pas simplement épisodique, de personnes transidentitaires et d’inversion des rôles sexuels. Le premier constat est qu’aucun.e des écrivain.e.s de notre corpus n’est une personne transidentitaire ; le recours à l’écriture érotique ne faisant sans doute pas partie des pratiques des trans FtM ou FtM pour rendre visibles les questions transgenres . » Jean Zaganiaris

De même, pour les romances mettant en scène des personnages racisés, il y a pourtant de la demande : le succès du genre Thug Love écrit en majorité par des personnes concerné.es et qui mettent en scène des personnages présentés comme d’origine nord-africaine ou arabe le montre. Certaines de ces histoires sur Wattpad culminent à 50 000 lecteurs. C’est le cas également en autoédition, où de nombreuses romances mettant à l’honneur des personnes racisées fleurissent.

Un public existe donc pour ces histoires, et pourtant les maisons d’édition ont beaucoup de mal à les inclure dans leur ligne éditoriale. La diversité peut malgré tout se retrouver chez certaines maisons d’édition indépendantes, qui se spécialisent parfois dans des représentations ou romances très précises.

Une littérature émancipatrice ?

Camille Emmanuelle explique également que cette littérature érotique est souvent complètement dépolitisée ; la moindre phrase qui pourrait refléter une idéologie politique ou religieuse est écartée par les éditeur.rices. Ces livres doivent être politiquement lisses et correctes. Cependant, à travers des récits d’héroïnes qui tombent amoureuses de milliardaires, c’est l’apologie du capitalisme et d’une consommation qui est faite inconsciemment (ou non, d’ailleurs). Les schémas du couple sont également très hétéronormatifs et classiques : un homme et une femme blanche, dans une relation monogame, dont le déroulement des relations sexuelles reste le même à chaque fois !

Ces histoires sont vendues par la plupart des maisons d’édition comme un signe d’émancipation des femmes, où le plaisir féminin, longtemps invisibilisé est mis à l’honneur. De même, certain.es éditeur.rices argumentent que leurs héroïnes sont « fortes et indépendantes » pour justifier le côté féministe de ces livres.

Je ne pense personnellement pas que ce soit vraiment un argument, dans la mesure où depuis les années 80/90, ce n’est plus trop dans les mœurs de présenter des héroïnes avec des mentalités de femme des années 30. Et comme le montre Camille Emmanuelle, à l’heure où elle a écrit ce livre, ces romans ne sont finalement pas aussi progressistes qu’ils essaient de le faire croire :

« Le problème, et je l’ai découvert en écrivant à la chaîne ces histoires, c’est que cette machine à produire des fantasmes est à mille lieues de l’émancipation et de la modernité. Mon éditrice s’offusque quand dans une scène l’héroïne se caresse, elle me demande de changer le personnage du « meilleur ami gay » en « meilleur ami hétéro », quelques pratiques sexuelles sont autorisées et beaucoup d’autres interdites, je dois rappeler que la jeune héroïne rougit (beaucoup), et que son bonheur est uniquement lié à sa rencontre avec le milliardaire. On est ici dans la reproduction – massive – de schémas sexuels et amoureux des années 1950. »

Cependant, je nuancerais la suite des propos de Camille Emmanuelle :

« Ces romances, qui remplissent de plus en plus les rayonnages des librairies et des supermarchés, sont nocives. Pas uniquement à cause de leur style, pauvre et formaté. Elles sont surtout nocives dans les messages qu’elles véhiculent sur le couple, l’amour et le sexe. Si la presse féminine dicte aux femmes comment être belle, mince, naturelle et branchée, les romances érotiques, elles, fabriquent des fantasmes prêts à consommer. Des fantasmes qui restent dans les clous et s’inscrivent dans le cadre d’une relation homme-femme ultra-traditionnelle. Lectrice-type – toi, Manon –, tu dois mouiller ta petite culotte, mais il ne faudrait pas non plus que tu t’émancipes. »

Je suis d’accord avec ce qu’essaie de dénoncer Camille Emmanuelle sur les représentations problématiques, mais en raisonnant comme cela, elle pense exactement comme le font les éditeur.rices de ces romances en infantilisant leurs lectrices.

La question de la réception

En considérant que cette littérature est « nocide », on tombe dans la panique morale : c’est exactement la même chose qu’avec les jeux vidéo. Non, ce n’est pas parce que l’on joue à des jeux violents que nous allons devenir violents.

Ce n’est pas parce qu’une lectrice lit une littérature qui propose des représentations archaïques qu’elle va les intégrer. Je suis d’accord avec le fait que ces représentations soient problématiques et ne font pas forcément avancer la cause, mais elles ne sont pas « nocives » pour autant.

Ce genre de représentation permet d’alimenter les débats entre les lectrices, qui savent très bien faire la part entre la réalité et la fiction, et savent aussi très bien que les relations qu’elles apprécient lire dans les romances ne sont pas forcément celles qu’elles veulent dans la vie réelle.

Ce que nous fait Camille Emmanuelle, c’est typiquement du Theodor Adorno (un penseur influent en son temps qui critique les industries culturelles, car selon lui elles auraient une influence délétère sur « les masses »).

« Après tout, ce que l’on reproche à la romance (la standardisation, les stéréotypes, l’absence de surprise, la nature industrielle de sa production), n’est-ce pas ce qu’Adorno et Horkheimer reprochaient dans les années 1940 au jazz et au cinéma hollywoodien? Leur analyse des industries culturelles demeure aujourd’hui intéressante en ce qui concerne la production des œuvres, mais elle postule un public uniforme, passif, qui les reçoit en bloc et s’en trouve magiquement imprégné. Depuis, les études culturelles et la sociologie de la réception sont venues donner vie à ce public, à ses capacités, à la complexité du rapport entre la manière dont les œuvres sont produites et la variété de leurs réceptions. » Alice Béja

En effet, déjà dans les années 80, Janice Radway avait étudié l’impact que pouvait avoir cette littérature sur les personnes qui la consommaient. À travers une série d’entretien avec ces lectrices, Janice Radway se refusait à conclure que cette littérature était problématique pour l’émancipation. Ces femmes savaient très bien que ce qu’elles lisaient n’était pas forcément ce qu’elles souhaitaient dans leur vie réelle. À l’époque, pour ces lectrices qui étaient pour la plupart mère au foyer, lire ce genre de littérature était justement une façon de prendre un temps pour soi, en dehors du quotidien et les oppressions qu’elles pouvaient subir au sein de leur foyer en dévouant tout leur temps à leur famille et à l’entretien de la maison.

« Il ne faut pas confondre le genre, la qualité supposée des livres et les raisons pour lesquelles les gens les lisent »

« Pourtant, en rester à une condamnation des stéréotypes véhiculés par ces textes, à une critique de la pauvreté de leur style et de leur imaginaire, n’est-ce pas, aussi, nier toute forme d’autonomie à leurs lectrices ? » Alice Béja

Oui, dans ces romans, l’amour est vendu comme un moyen de résoudre tous les maux et les problèmes.

Mais ce n’est pas le seul genre à le faire.

C’est même une idée assez répandue dans l’imaginaire collectif, où lorsqu’un personnage a un problème ou n’arrive pas à s’aimer, l’amour est présenté comme la solution magique. Cette idée ne vient donc pas de ce genre littéraire.

Des lectrices capables de réflexivité

Oui, c’est une littérature dont les ressorts sont presque industriels, mais non, ça n’abrutit pas les masses. Les lectrices lisent ce genre pour une raison précise, « utilitaire », et non pas pour se « nourrir intellectuellement » ou trouver leur nouvelle façon de voir le monde. C’est justement ce côté prototype décliné à l’infini qui est réconfortant pour certain.es. De la même manière que le sont les tropes, cette littérature emmène la lectrice dans un terrain connu, qui peut consommer ce dont elle a besoin à un moment T. Ces lectrices ne se contentent d’ailleurs pas de lire uniquement ce genre de littérature, car pour la majorité, cela constitue plus une phase qu’une véritable passion, et qui amène souvent à diversifier ses lectures.

Lorsque l’on regarde des lectrices en parler sur des fils de discussions ou des forums, elles sont toutes conscientes des stéréotypes et des côtés problématiques de ces romances. Elles savent, elles aussi, faire preuve d’esprit critique contrairement à ce que suggère Camille Emmanuelle.

Le problème avec ce type de discours qui délégitime certains genres littéraires, est qu’il est révélateur d’une pensée classiste et sexiste très ancrée. Une partie de ces lectrices sont des femmes qui appartiennent à un public populaire. En s’en prenant à cette littérature, on s’en prend en même temps à ces lectrices. Une femme doit être libre de lire ce dont elle a envie. Elle ne doit pas être culpabilisée par ce qui lui apporte du plaisir.

Il y a également le fait que les éditeur.rices, dont la plupart ne sont justement pas issu.es de ce public populaire, projettent tout un tas de préjugés et de fantasmes sur leur potentiel lectorat et participent à construire ces stéréotypes négatifs sur ces lectrices :

« […] le lectorat féminin est inconsciemment, encore, construit comme plus malléable, influençable, perméable aux stéréotypes et caricatures que lui renvoient les romances et qui correspondent à ceux que la société construit sur les femmes » Alice Béja

Une pensée sexiste et classiste

Alors qu’auparavant de nombreuses femmes disaient « je ne suis pas féministe, mais … » à cause de la décrédibilisation que subissaient ces luttes sociales, c’est désormais le contraire qui se produit, où ne pas militer en faveur de l’égalité est stigmatisé et pointé du doigt.

La littérature érotique représente donc une cible facile pour ces nouvelles mentalités éveillées.

Or, n’oublions pas que le féminisme reste un privilège.

C’est un savoir qui peut être transmis par la socialisation familiale ou le milieu social. Ce sont des moyens de transmissions que certaines lectrices n’ont pas eu l’occasion d’avoir. C’est pourquoi taper sur ces lectrices issues de milieux populaires qui consomment ces littératures jugées rétrogrades n’est pas non plus la chose le plus bienveillante à faire et est franchement classiste.

Mais surtout, c’est préjugé négatif de supposer qu’elles ne peuvent pas réfléchir par elles-mêmes, alors que la majorité d’entre elles ont très bien conscience de ce qu’elles lisent.

Et dans tous les cas, être féministe n’est pas forcément incompatible avec la consommation de ce type de littérature.

Quel futur pour cette littérature ?

Tout n’est pas à jeter dans la New Romance. Même si la plupart des schémas sont problématiques, c’est l’une des rares littératures qui met au centre le plaisir féminin. Une pratique qui est encore trop absente de l’ensemble des œuvres tous médias confondus.

Pour certaines femmes, ces littératures ont même été un premier pas pour découvrir leur vie sexuelle et s’éduquer à ce sujet, car la sexualité féminine a pendant très longtemps été invisibilisée des médias.

Avec #MeToo et l’influence de prise de conscience des discriminations qui émergent de plus en plus dans l’espace public, cette littérature finira elle aussi par se transformer. Les éditeurs traditionnels sont pour la plupart encore trop frileux pour se lancer dans des marchés de niche, qui mettent en avant des relations érotiques non hétérosexuelles ou des personnages racisés, mais on peut désormais trouver son bonheur au niveau des maisons d’édition indépendantes spécialisées, l’autoédition ou la littérature en ligne pour ce qui est de la diversité.

« Il existe des textes qui sortent de ce format classique : les romances «M/M», qui se déclinent également en romances érotiques et mettent en scène les relations entre deux hommes. De même que la romance africaine-américaine, aux États-Unis le M/M est un sous-genre établi de la romance, tandis qu’il demeure une niche en France, dont l’avenir est incertain: Livres Hebdo rapportant que l’un des rares éditeurs français ayant consacré une collection à ce domaine, Milady, a décidé de l’arrêter. » Alice Béja

Les médias et la culture populaire finissent toujours par refléter les avancées dans la vraie vie, donc peut-être que d’ici quelques années, nous aurons de plus en plus de romances inclusives, féministes et qui proposent d’autres schémas, moins archaïques que ceux que l’on a actuellement.

L’autoédition est déjà une bonne alternative, car les auteurs n’ont pas besoin de se conformer aux normes ou lignes éditoriales des maisons d’édition, ce qui permet pour un certain nombre d’auteur.rices de proposer beaucoup plus de diversités dans ces représentations de la romance, des expériences sexuelles et du couple.

« Les violences sexuelles, le harcèlement, la place des femmes dans l’espace public, le consentement, les zones grises de la séduction et de la relation sont devenus des sujets de discussion, de débat, et participeront à la mise en place de nouvelles normes, d’un nouveau mainstream, dont la culture populaire se nourrira. Et si le prochain filon, c’était la romance féministe ? » Alice Béja

Conclusion

Les mœurs et les mentalités évoluent petit à petit.

Ce qui était acceptable auparavant ne l’est plus aujourd’hui. Il faut laisser le temps à ce genre littéraire d’évoluer, car il en a les capacités. Après tout, on n’est passé des romances de type bodice rippers, où le viol était normalisé et romantisé avec des héroïnes passives, à des héroïnes qui n’acceptent plus qu’on leur manque de respect et où le viol est généralement proscrit de ces histoires par la plupart des maisons d’édition (ou alors relayé au genre Dark Romance, mais c’est encore un autre débat).

Je ne dis pas qu’on ne retrouve plus aucune représentations problématiques, loin de là, mais on sent malgré tout une évolution si l’on compare à ce qu’on trouvait il y a une dizaine d’années.

Tout comme le reste des productions culturelles, la littérature érotique va bien finir par refléter les changements présents dans la société. Il y a des montées de prise de conscience, et les lectrices, tout comme les autrices, sont de plus en plus alertes sur tout ce qui est problématique, et ne laissent plus passer les choses douteuses (l’exemple du viol du personnage masculin par l’une des héroïnes des Chroniques de Bridgerton est un exemple intéressant des choses qui choquent aujourd’hui, mais pas à l’époque de sa publication). De même, on peut espérer qu’à terme, les personnages LGBTQIA+ ou racisés ne seront plus réservés à un genre de niche, mais seront aussi présents dans la culture plus mainstream, et surtout, représentés de façon juste.

 « Romance novels are as feminist, or anti-feminist, as anything else in our society: namely, that it depends on the novel, but most of the novels we’re talking about are produced within a society that is heteronormative and patriarchal (and most privilege whiteness, as well). » Jessica Luther

“A genre centered on women, written primarily by women, and consumed mainly by women cannot be ignored because it can teach us about what women want. «  Jessica Luther

Sources

Béja Alice (2019). La new romance et ses nuances : Marché littéraire, sexualité imaginaire et condition féminine. Revue du Crieur, 12, 106-121.

Damian-Gaillard Béatrice (2011), « Les romans sentimentaux des collections Harlequin : quelle(s) figure(s) de l’amoureux ? Quel(s) modèle(s) de relation(s) amoureuse(s) ? », Questions de communication, 20 | 317-336.

Fraysse Mélie et Garcia Marie-Carmen (2019), « Les Thug Love : des romans sentimentaux à l’épreuve de la classe et de la race », Genre en séries [En ligne], 9 | mis en ligne le 01 mai 2019.

Luther Jessica – Beyond Bodice-Rippers: How Romance Novels Came to Embrace Feminism https://www.theatlantic.com/sexes/archive/2013/03/beyond-bodice-rippers-how-romance-novels-came-to-embrace-feminism/274094/

Radway Janice (1984), Reading the Romance. Women, Patriarchy and Popular Litterature, Chapel Hill/Londres, The University of North Carolina Press.

Zaganiaris, Jean. « ‪« Des filles au masculin, des garçons au féminin ? » : ambivalences du genre et sexualités non normatives dans la littérature érotique contemporaine‪ », Questions de communication, vol. 31, no. 1, 2017, pp. 415-432.

Un avis sur « La New Romance : le mauvais genre par excellence ? »

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