Les clichés de méchants à éviter

Lorsque vous écrivez un antagoniste, il peut être facile de tomber dans les clichés. Mais pire que les clichés, il y a les clichés problématiques, que l’on retrouve encore beaucoup trop. Voici une petite liste non-exhaustive des types d’antagonistes qu’il faut essayer d’éviter, ou au mieux, subvertir leurs archétypes pour pouvoir proposer de bonnes représentations.

The Vamp

Ce sont les antagonistes féminins qui utilisent leur féminité et/ou leur sexualité pour corrompre les hommes et arriver à leurs fins.

C’est typiquement le genre de tropes qui alimentent les théories incels en montrant les femmes comme une menteuses, manipulatrices et indignes de confiance.

Dans certains cas, on apprend même que la Vamp est en réalité une femme transgenre, ce qui n’est clairement pas la meilleure façon de subvertir ce trope.

Il n’y a pas tellement de problèmes à ce qu’une antagoniste soit « séductrice », mais veillez à ce que ce ne soit pas l’unique chose qui la caractérise.

Exemples en littérature : Berelain de La Roue du Temps, Milady de Winter des Trois Mousquetaires, La comtesse de Merteuil dans Les liaisons Dangereuses, Cersei de Game of Thrones (subverti au cours de l’histoire)

Les tropes liés à l’orientation sexuelle

La Vamp est aussi déclinée aux antagonistes lesbiennes comme avec les tropes de Lipstick Lesbian ou Lesbian Vampire (dans Anita Blake ou les Dossiers Dresden par exemple).

On tombe parfois dans le Psycho Lesbian, lorsqu’une femme lesbienne est montrée comme dangereuse.

Le pendant masculin de ce trope est le Depraved Homosexual voire le Sissy Villain si le personnage masculin est « efféminé ». La bisexualité aussi a droit à ses représentations problématiques avec le Depraved Bisexual.

Enfin, le trope du Villainous Aromantic Asexual utilise cette fois l’asexualité et/ou l’aromantisme pour justifier qu’un antagoniste soit « dérangé ».

Une orientation sexuelle ne devrait pas être une justification à la cruauté de vos personnages. Si vous ne caractérisez votre méchant·e que par sa sexualité, vous laissez un message très maladroit à votre lectorat.

The Straw Feminist

C’est le fait d’utiliser la lutte féministe pour justifier les actions horribles d’une antagoniste.

L’intention derrière est évidemment de décrédibiliser ces combats soit en les tournant en ridicule avec des revendications absurdes, soit en faisant une antagoniste cruelle au nom de ses idéaux.

Exemple en littérature : Percy Jackson et les Dieux grecs, La Roue du Temps, certains Wonder Woman, Y : Le dernier homme

Ces tropes peuvent être associés aux Amazones ou aux matriarchies, mais sont souvent poussées à l’extrême et cela donne des sociétés primitives et qui réduisent les hommes à l’esclavage. Le message sous-jacent derrière est généralement que ce serait catastrophique si les femmes gouvernaient.

Les idéologies tournées au ridicule

Dans la même veine que les Straw Feminist, il y a tout un tas de méchant·es qui justifient leur action au nom d’une lutte ou d’une idéologie dont l’auteur·rice ne retient que les côtés extrêmes ou stéréotypés. Les antagonistes communistes (Dirty Communists) étaient par exemple de légion dans la littérature américaine de la Guerre Froide, en réduisant ce courant à simplement la volonté de créer un état totalitaire.

Aujourd’hui, on est plutôt sur ce qui touche à l’écologie, et les luttes anti-discriminations.

Utiliser ce genre de justification pour les actions des antagonistes n’est pas un problème en soi, mais c’est de proposer une seule lecture stéréotypée de ces luttes qui peut l’être.

N’hésitez pas à regarder les pages TV Tropes de Totalitarian Utilitarian, Well-Intentioned Extremist, ou Eco-Terrorist si vous voulez des exemples dans le genre.

Lorsque vous voulez utiliser une idéologie pour justifier les actions de votre antagoniste, encore une fois, faites des recherches. Vous verrez qu’un même système de pensée peut être décomposé en plusieurs courants. Intégrer cette complexité (en plus d’éviter de vous perdre dans les stéréotypes) vous aidera à donner plus d’épaisseur à votre méchant·e, voire permettre de créer plusieurs antagonistes qui ne sont pas forcément d’accord sur certains aspects et rajouter une autre couche de profondeur à l’intrigue ou aux conflits.

Souvent, les motivations des antagonistes sont de faire « un monde plus égalitaire et meilleur », sans vraiment se poser les questions de ce que cela signifie vraiment en termes concrets (et à part éradiquer une partie de la population), et c’est un manque de développement qui risque d’être pointé du doigt par votre lectorat.

Les cultures « barbares »

Ce sont les tropes caractéristiques d’un point de vue ethnocentré et qui dépeignent de manière négative les cultures qui sont différentes de celle des Occidentaux.

Le problème de ce trope est qu’il reprend souvent les codes culturels de tribus réelles (souvent les tribus africaines ou les peuples autochtones et indigènes) en les tournant en ridicule ou en les montrant comme dangereuses. Les tropes Hollywood Native et Hollywood Voodoo cristallisent tous les clichés associés comme le cannibalisme, les tenues ou encore les peintures faciales, et sont à éviter, car ils véhiculent des stéréotypes négatifs.

En fantasy, ce sont désormais plutôt les pays de « l’Est » (voir le trope Hordes From The East), notamment tous les pays du contenu asiatique, qui sont utilisés pour désigner des peuples sanguinaires contre lesquels nos protagonistes doivent lutter. Un choix pas forcément plus judicieux, car c’est souvent fait de manière tout aussi maladroite.

Ce n’est pas tant le fait de dépeindre un antagoniste appartenant à une autre culture que votre protagoniste de façon négative qui pose problème, c’est surtout de ne rien proposer pour contrebalancer cela.

Proposer une vision monolithique d’un « peuple cruel et barbare » (d’autant plus basée sur des stéréotypes) sans donner plus d’éléments est très dévalorisant pour les cultures dont vos antagonistes sont souvent très lourdement inspirés.

Encore une fois, il s’agit de donner de la nuance à vos personnages et en leurs idéaux. Donc des recherches et une prise de recul sur son point de vue occidental sont généralement souhaitables si vous écrivez de tels antagonistes.

Exemples en littérature : Game of Thrones, La Belgariade, L’Appel de Cthullu, Conan le Barbare

Les méchant·es « anormaux »

J’ai déjà abordé les troubles psychiques pour caractériser les méchant·es, ainsi que les personnages autistes, mais ce ne sont pas les seules caractéristiques utilisées pour justifier des actes cruels.

Un handicap, une culture, une couleur de peau, le physique, une sexualité ou toute autre chose qui n’appartiendrait pas à la « norme » ne devrait pas être l’unique caractérisation d’un antagoniste et justifier ses actions cruelles.

Rien n’empêche d’utiliser ces aspects pour vos antagonistes, mais si vous utilisez l’un d’entre eux, appliquez-les aussi à vos protagonistes pour éviter de laisser supposer que les personnes présentant ces caractéristiques sont forcément mauvaises.

Exemples : Harry Potter, Dune, Charlie et la Chocolaterie ou encore Sac d’os sont dans le trope du Fat Bastard et tombent dans la grossophobie.

Conclusion

Heureusement, certains de ces tropes ont été abandonnés et ne sont plus d’actualité, mais d’autres en revanche ont la peau dure (je vois toujours des Vamp dans des livres sortis récemment, et rarement subvertis qui plus est).

Ne culpabilisez pas trop non plus si vous êtes tombé dans l’un ou l’autre de ces tropes dans l’écriture de vos récits, ce sont des tropes qui ont été ou sont toujours très populaires, et forcément on peut finir par les intégrer inconsciemment s’ils ne sont que très peu subvertis. J’espère qu’en tout cas cette publication vous aidera à avoir un peu de recul sur certains d’entre eux !

Encore une fois, ces tropes ne sont en eux-mêmes pas forcément problématiques s’ils sont subvertis (encore que pour certains…).

C’est surtout lorsque votre antagoniste est uniquement réduit à ces archétypes ou a des motivations stéréotypées que cela peut poser problème à la fois en étant offensant pour certains publics, mais aussi en termes de crédibilité.

La chose vers laquelle vous devriez tendre est de donner de la profondeur à votre histoire et à vos personnages.

Développer différentes dimensions inhérentes à la psychologie de vos antagonistes et à leurs motivations ne pourra que vous aider dans ce sens-là.

Enfin, ne négligez pas les recherches et les relectures par des sensitivity readers qui sauront vous aiguiller lorsque vos antagonistes sont liés à des thèmes sensibles.

Les exemples d’œuvres que j’ai cité pour illustrer ces tropes sont évidemment des exemples à ne pas suivre, mais n’hésitez pas à faire des recherches dessus pour voir en quoi ils sont problématiques justement !

Je vous ai également mis quelques pistes pour travailler vos antagonistes dans cet article !

Sources

La chaine YouTube Feminist’s Frequency est également une mine d’or avec leurs formats dédiés aux tropes problématiques (dans les jeux vidéo et films, mais qui se retrouvent évidemment aussi en littérature).

N’hésitez pas à consulter les pages TV Tropes qui correspondent à tous les tropes que j’ai cité afin de les voir plus en détail et avoir de nombreux exemples pour essayer de déconstruire certaines lectures que vous avez pu faire ou personnages que vous avez créés !

7 commentaires sur « Les clichés de méchants à éviter »

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