La structure Save The Cat

La méthode Save The Cat a été popularisée par Blake Snyder dans son livre éponyme où il livre toutes les étapes pour écrire un scénario de blockbuster. Cette structure s’applique également très bien aux romans, c’est pourquoi elle a été adaptée par Jessica Brody dans un autre ouvrage pour l’axer plutôt sur l’écriture de fiction.

Cette méthode est parfaite pour les histoires qui mettent au centre l’évolution de votre protagoniste. Mais elle peut surtout aider à structurer votre récit pour qu’il soit efficace et rythmé. Elle décompose l’histoire en temps forts, qui sont communs à de très nombreux livres.

C’est une structure classique en trois actes, un peu similaire à celle en 7 points, mais beaucoup plus détaillée et avec une indication du pourcentage de pages dédié à chaque partie. Si vous coincez durant l’écriture, car vous ne savez pas quoi écrire ensuite, cette méthode pourrait peut-être bien vous débloquer.

Voici les différents points qui, selon cette méthode, devraient figurer dans votre intrigue :

ACTE 1

1) L’image d’ouverture (1% du livre) : L’image d’ouverture permet de définir le ton, le style et l’ambiance de votre livre. Elle donne un aperçu de la vie du protagoniste avant que l’histoire ne soit « lancée ». Cette scène doit permettre de comprendre la vie de votre personnage et quels en sont les enjeux (ses défauts, ce qu’il croit vouloir, et ce dont il a réellement besoin).

2) Le thème (survient dans les 2 à 5%) : C’est un indice qui révèle l’arc de personnage de votre protagoniste. Il est insatisfait de sa vie actuelle, mais n’est pas actif. C’est souvent un personnage secondaire qui lui donne la solution de manière subtile (ou non) sur ce dont il a besoin. Cependant, on lui présente certes la solution, mais il va les ignorer, car dans cet acte 1, votre protagoniste doit être résistant au changement.

3) Le « setup » (1-10%) : Vous illustrez la vie de votre protagoniste et le statu quo de son monde avant que tout ne bascule. C’est dans cette partie que vous montrez les défauts de votre personnage et comment ils affectent sa vie de tous les jours et ses interactions avec les autres.

4) Le catalyseur (10%): C’est l’événement qui changera la vie de votre personnage, et le propulsera dans un autre monde ou une autre façon de penser. Le changement doit être tellement important qu’il doit être presque impossible pour votre protagoniste de retourner à sa vie d’avant.

5) L’hésitation (10% à 20%): C’est lorsque le protagoniste hésite sur ce qu’il doit faire ou non ensuite. Le but ici est de montrer sa résistance au changement. L’être humain doute et ne change pas si facilement, et c’est évidemment aussi le cas pour votre personnage.

Si l’événement a un impact tellement gros qu’il est incontestable que le protagoniste devra changer ou partir, cette partie peut plutôt être utilisée pour montrer comment il se prépare à cette nouveauté. La préparation peut être mentale, physique, financière ou encore émotionnelle.

Par exemple, dans Harry Potter, c’est évident qu’il est mieux pour Harry d’aller à Poudlard. Plutôt que de le montrer hésiter, il est montré en train d’acheter ses fournitures scolaires pour préparer son année.

ACTE 2

L’acte 1 est la thèse, le statu quo, tandis que l’acte 2 représente plutôt l’antithèse de l’ancienne vie du protagoniste.

6) Passage à l’acte 2 (autour de 20%): C’est le moment où le protagoniste quitte sa zone de confort pour quelque chose de nouveau. En général, le changement doit apparaître comme évident pour le lectorat (changement de lieu, nouveau travail, nouvel objectif, etc.). C’est là où on l’on a un aperçu de la volonté de votre personnage de se bouger pour avoir ce qu’il veut. Mais attention, à ce stade, il poursuit toujours ce dont il croit avoir besoin et non ce dont il a réellement besoin. L’acte 2 consiste donc principalement à « réparer les choses de la mauvaise façon ».

7) L’intrigue secondaire (22%): C’est dans cette partie que vous mettez en place vos intrigues secondaires et introduisez les personnages qui vont aider le protagoniste à apprendre son thème. Les personnages peuvent être des ami·es, un intérêt amoureux, des mentors ou même des ennemi·es.

8) « Fun and Games » (20% à 50%): C’est la partie où votre personnage découvre ce nouveau monde et où vous délivrez les promesses de votre roman. Les chapitres qui composent cette partie doivent montrer votre personnage briller dans ce nouveau monde ou au contraire y sombrer. Mais il faut aussi penser à varier l’action en composant cette partie de réussites ou d’échecs, tout en gardant une ligne directrice malgré tout (est-ce qu’il se dirige plutôt vers le succès ou vers l’échec ?). C’est important de déterminer cette ligne directrice car elle structurera la partie suivante.

9) Le pivot central (50%): C’est là où les enjeux sont augmentés avec un protagoniste qui se dirige vers le changement. C’est le point de pivot de votre histoire car aussi le centre de l’arc de transformation de votre personnage. Vous montrez généralement que certaines choses ont certes changé pour le protagoniste, mais que ses défauts sont toujours là et qu’il n’a toujours pas compris ce dont il a réellement besoin. Vous devez intégrer un nouvel enjeu ou l’augmenter pour que votre personnage devienne actif à nouveau (comme grâce un plot twist par exemple).

10) Les méchants arrivent (50% à 75%): Quels que soient les progrès réalisés par votre personnage dans l’acte 2, les antagonistes, qu’ils soient de véritables personnes ou internes à la psyché de votre héros, sont toujours présents. Ils gâchent les relations, sabotent les succès, détruisent son bonheur, etc. Jusqu’à ce que votre héros apprenne son thème et arrange sa vie de la bonne façon, ces différents antagonismes vont continuer à faire des ravages, poussant votre héros vers un moment où il se dira que tout est perdu.

11) « All is lost » (75%): C’est la partie où votre protagoniste touche le fond, à cause d’événements et/ou de ses conflits internes qu’il n’a toujours pas résolus.

Un événement encore plus insurmontable que le catalyseur de l’acte 1 a lieu. Le protagoniste est tellement désespéré qu’il ne va pas avoir le choix de changer, et de la bonne façon cette fois.

L’événement qui donne l’impression que tout est perdu devrait aussi être causé d’une façon ou d’une autre par votre protagoniste, car c’est là qu’il se rendra compte que ses erreurs causent du mal et qu’il doit à tout prix changer.

12) « Dark night of the soul » (75% à 80%): C’est ici que votre protagoniste prend le temps de réfléchir à tout ce qui est arrivé. C’est à ce moment que votre personnage se rend compte qu’il faut qu’il trouve une solution à ce qui lui pose problème dans sa vie et apprendre enfin son thème. C’est dans cette partie que tout s’assemble pour lui comme un puzzle et qu’il sait enfin ce qu’il doit faire pour que tout aille mieux. Dans cette partie, les auteurices font souvent, quand c’est possible, revenir les personnages dans l’environnement de l’acte 1 pour montrer justement à quel point le protagoniste a changé et qu’il n’est plus le même. À ce stade, plus rien ne sera jamais comme avant : il doit avancer, faire des choix difficiles et amorcer le vrai changement.

Acte 3

C’est la synthèse qui répond à la formule suivante :

La personne qu’était le protagoniste dans l’acte 1 + ce qu’il a appris dans l’acte 2 = la personne qu’il va devenir dans l’acte 3. Les intrigues principales et secondaires, se mélangent pour ne devenir qu’une.

13) Passage à l’acte 3 (80%): C’est le moment où le protagoniste réalise ce qu’il doit faire pour résoudre tous les problèmes de l’acte 2, mais surtout les siens. Son arc de personnage est presque complet. L’acte 2 consistait à « réparer les choses de la mauvaise façon », et l’acte 3 permet cette fois de les réparer de la bonne manière grâce à un nouveau plan.

14) FINAL (80% à 99%): Le protagoniste fait ses preuves en montrant qu’il a vraiment appris son thème et met en place le plan auquel il a pensé dans la partie précédente. C’est là où les antagonistes sont éliminés, que les couples réunis et les problèmes résolus. Le monde du protagoniste n’est pas seulement rétabli à l’identique, mais il est transformé de façon positive.

15) L’image finale (99% à 100%): C’est une image miroir à celle de l’ouverture, un aperçu de ce que le protagoniste est devenu après toutes les épreuves qu’il a vécues et à quel point il a changé.

Conclusion

La méthode Save the Cat est donc parfaite si vous voulez avant tout axer l’histoire sur la transformation (positive) de votre protagoniste, car elle permet de bien rythmer et définir l’évolution de votre personnage tout au long du roman.

Cependant, pour certain·es, cette structure peut être trop contraignante et bloquer l’imagination, car trop orientée. Mais pour d’autres, elle est une sorte de formule magique pour faire un roman certes « simple », mais qui tient la route.

Cette méthode peut donner une impression d’histoire faite « à la chaine », mais elle reste malgré tout une valeur sûre car fonctionne bien auprès du public. Enormément d’histoires à succès (ou non) obéissent à cette structure, ce qui peut être à la fois réconfortant pour le lectorat qui saura à quoi s’attendre (mais aussi lassant pour certain·es car ils n’auront que très peu de surprises si vous restez très classique).

Si elle vous inspire, vous pouvez très bien l’adapter pour en faire quelque chose qui convient mieux à votre histoire.

Le livre Save the Cat de Jessica Brody n’est pas traduit (mais la version scénario de Blake Snyder l’est), mais n’hésitez pas à le lire si vous êtes à l’aise avec l’anglais, car l’autrice illustre cette méthode avec de nombreux romans à succès et je n’ai fait qu’un résumé très succinct des différents points qui sont beaucoup plus approfondis dans le livre. Elle explique notamment comment organiser son histoire en fonction du thème de votre livre (roman d’initiation, romance, trope de l’élu, etc.). Cette méthode propose en fin de compte pas mal de variation en fonction des thèmes que vous souhaitez aborder dans vos livres, et ça pourrait peut-être en aider certain·es. Rien ne vous empêche également d’adapter un peu cette structure, pas besoin que ce soit forcément millimétré si cela vous handicape. 

Personnellement, en tant que lectrice, je ne trouve pas que le côté « industriel » de cette formule soit forcément un problème. Certain·es lecteur·rices éprouvent du réconfort dans les choses connues, et rien n’empêche de subvertir cette structure classique avec des twists ou en déviant de la structure à un moment donné. L’important est de trouver des méthodes qui vous inspirent !

2 commentaires sur « La structure Save The Cat »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :