Comment écrire 10 000 mots par jour ?

Dans son ouvrage 2k to 10k : Writing Faster, Writing Better, and Writing More of What You Love, Rachel Aaron explique comment elle a réussi à écrire plus vite en passant 2 000 mots à 10 000 mots par jour.

Mise au point

Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques petites précisions s’imposent :

Attention, l’injonction à la productivité dans l’écriture qui peut rapidement devenir culpabilisante. L’important à retenir est que chacun·e avance à son rythme, chacun·e a sa façon d’écrire ; celleux qui refusent de continuer d’écrire si leur phrase ne leur plait pas écriront forcément moins que celleux qui écrivent au fil de leurs pensées (mais ce temps sera peut-être rattrapé sur les réécritures).

La plupart des livres sur comment écrire plus vite/plus de mots/mieux sont généralement des livres écrits par des personnes qui dédient leur vie à l’écriture, et qui ont donc quitté leur ancien travail pour s’y consacrer à 100 %. En partant de ce constat-là, on comprend très vite qu’il y a une « urgence » à être efficace si l’on veut vivre de nos écrits. Une urgence que l’on n’a pas forcément lorsque l’on écrit un livre à côté de son activité principale. Cela peut d’ailleurs être une solution radicale pour celleux qui n’arrivent pas à consacrer autant de temps qu’iels voudraient à l’écriture. Mais cette solution demande évidemment des ressources financières importantes pour assurer sa survie à côté (ce qui n’est pas accessible à tout le monde).

Donc plutôt que de culpabiliser pour le nombre de mots que vous écrivez, prenez conscience que vous faites déjà de votre mieux avec la vie que vous menez actuellement. Se dégager une heure par jour pour écrire lorsque l’on travaille en 35 heures, avec une vie sociale à entretenir ou des enfants peut vite être compliqué. Vous menez une vie à côté, et mener une vie d’écrivain·e prend tout autant de temps, donc prendre des moments pour souffler est vital dans votre cas pour ne pas faire de burn-out.

Plus que le nombre de mots, c’est plus le plaisir et la satisfaction qui devraient vous importer en tant qu’auteurice « non professionnel·le » (dans le sens où ce n’est pas votre activité principale). Si le fait que vous devez payer votre loyer ou pouvoir manger chaque mois ne dépend pas de votre écriture, vous mettre autant la pression pour être productif n’est peut-être pas nécessaire, car cela peut vite être culpabilisant, voire vous bloquer dans votre processus créatif.

Une fois ces petites choses dites, voyons comment Rachel Aaron procède (en tant qu’autrice à plein temps) pour écrire autant : 

Ecrire 10 000 mots, vraiment ?

Déjà, le titre est assez relatif, car Rachel Aaron explique en réalité comment elle est passée de 500 mots par heure à 1500 mots. Et étant donné qu’elle passe ses journées à écrire, c’est finalement beaucoup moins impressionnant que ce que le titre laisse paraître. De plus, c’est une autrice architecte, donc qui sait généralement ce qu’elle va écrire dans chaque scène. Le temps de réflexion est évidemment réduit, contrairement à des auteurices découvertes qui doivent parfois prendre le temps de réfléchir à comment la suite de leur histoire se goupillera.

Concernant les conseils pratiques, Rachel Aaron donne les suivants :

1) savoir ce que vous allez écrire avant de l’écrire

Plutôt que d’avoir une idée vague de ce que vous voulez écrire, dressez une sorte de plan de tous les points que vous voulez aborder dans votre scène (quelles discussions, quel genre de description, à quoi sert cette scène dans votre roman, etc.). Une fois cette sorte de petit plan fait, vous pouvez vous attelez à la rédaction.

Rachel Aaron affirme passer chaque jour 5 minutes à prévoir ce qu’elle écrira lors de sa session. Cela lui permet de donner une ligne directrice et du sens à sa scène. Et rien qu’avec ce conseil, elle explique être passée de 2000 à 5000 mots par jour.

2) Étudiez votre efficacité

L’autrice a pendant 2 mois, noté dans un tableur chaque fois qu’elle écrivait, le temps qu’elle y consacrait, le nombre de mots, ainsi que le lieu de ses sessions.

Elle a par exemple constaté qu’elle écrivait mieux l’après-midi, et dans des cafés. À partir de là, elle s’est cantonnée à organiser son temps d’écriture en fonction de cette productivité. Cela lui a permis d’arriver à 7000 mots par jour en 4 heures de travail.

3) Aimez ce que vous écrivez

Elle s’est aussi rendu compte que ses pics de productivité étaient souvent lié aux scènes qu’elle adorait ou qu’elle attendait d’écrire depuis longtemps. Elle a donc réalisé que si les autres scènes qu’elle écrivait l’ennuyaient à ce point, c’est que ces scènes ne devaient pas être écrites.

C’est pourquoi, avant chaque scène, lorsqu’elle fait son petit plan décrit dans le 1er point, elle essaie de se mettre en condition et de penser à tous les petits aspects amusants ou intéressants qu’elle voudrait aborder. Si aucun aspect attrayant ne lui vient en tête, alors elle supprime la scène ou la change complètement. Et c’est avec ce dernier point qu’elle affirme être passée à 10 000 mots par jours.

Conclusion

La productivité de Rachel Aaron repose finalement surtout sur le fait qu’elle planifie et rationalise tout son processus d’écriture (elle explique d’ailleurs sa méthode pour planifier ses romans dans la deuxième partie du livre). C’est une méthode qui marche effectivement bien pour les auteurices architectes, mais qui demande un peu plus de flexibilité pour les auteurices de type « découverte » pour ne pas bloquer leur imagination.

Pour celleux pour qui la forme et le style importent peu pour un premier jet, je conseillerais de faire un « jet de vomi » ou vomit draft en anglais. C’est une méthode qui fonctionne aussi bien pour les architectes que les jardinier·es. C’est généralement le conseil que l’on retrouve le plus sur les sphères d’écriture anglophone, où le premier jet consiste à déverser tout ce qui vous vient en tête sur le papier. Je sais que c’est une méthode qui me convient (que ce soit pour des écrits universitaires ou des fictions) et qui convient à d’autres personnes, mais qui demande malgré tout un « lâcher-prise », car ce que vous allez écrire risque très fortement de vous déplaire. Mais c’est complètement normal, vous écrivez seulement une sorte de structure détaillée géante, que vous enjoliverez ensuite lors des phases de réécritures.

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