Les tropes problématiques en romance

TW // viol, violences psychiques et physiques

Le problème inhérent des romances, c’est que sans conflits, il n’y a pas d’histoires. Or, la frontière entre conflits et violences est souvent très mince, et bien souvent, les relations proposées sont plus chaotiques que bienveillantes.

L’autre idée ancrée dans l’imaginaire commun et qui peut expliquer cette prédominance de relations problématiques est que « l’amour fait mal ». Un adage populaire et d’autant plus renforcé par les nombreuses représentations qui montrent des relations très compliquées dans toutes les formes de fiction.

Nous allons aborder dans cette publication quelques-uns de ces archétypes amoureux qui ont tendance à romantiser les relations toxiques.

Bodice ripper

Le bodice ripper était un genre assez populaire en littérature sentimentale historique des années 70 et 80 et se caractérisait par le fait qu’à un moment ou un autre, le héros arrachait le corset de l’héroïne sous le coup de ses « pulsions ».

Ce type de figure narrative où l’homme perd la raison face aux charmes de l’héroïne n’est pas cantonné uniquement à la littérature érotique et se retrouve encore aujourd’hui dans de nombreuses fictions, et est toujours présenté comme une forme d’attirance extrême sans que cela soit forcément connoté négativement.

Outre le fait que cela pose évidemment problème au niveau du consentement, proposer une telle abondance de représentations de ce type renvoie le message que les hommes seraient incapables de se contrôler et que cela excuserait donc presque leur comportement (on illustre donc bien la culture du viol avec cet exemple).

Le syndrome de Stockholm

Beaucoup de personnes oublient que le syndrome de Stockholm n’est pas une « forme de relation », mais plus un mécanisme de survie face à une situation traumatisante.

On ne compte plus le nombre de romans où le protagoniste tombe amoureux·se du personnage qui l’a initialement enlevé sans que ce soit questionné à un seul moment.

D’autant que c’est souvent un personnage féminin qui est dans le rôle de la victime et un personnage masculin dans le rôle du criminel, ce qui soulève d’autant plus de questions.

Dans la plupart des livres destinés au public adolescent, ce genre de relation est souvent aseptisée de violence (encore que), mais ça n’empêche pas que c’est une expérience qui risque bien souvent de laisser un lourd traumatisme et cela est souvent effacé au profit d’une histoire d’amour étrange.

Les tropes du Broken Bird et Troubled, but cute

Le trope du Troubled, but cute désigne un personnage attirant, souvent masculin et en proie à un mal-être. Il sera presque toujours désagréable, voire méchant avec le protagoniste mais sera ensuite « guéri » de ses problèmes grâce à l’amour. La variante féminine est souvent désignée sous le trope du Broken Bird.

Alors oui, c’est bien de soutenir les personnes qui vont mal, mais comme dans la vraie vie, on ne peut pas non plus excuser le fait d’être horrible avec les autres par ses troubles psychiques (en plus de laisser un message assez moyen ; on peut avoir des problèmes tout en restant respectueux avec les autres).

Les histoires d’amour de ce type seraient peut-être plus saines si le personnage souffrant se tournait vers une aide appropriée plutôt que compter sur l’amour de l’autre pour aller mieux (ce qui ne marche souvent pas dans la vraie vie d’ailleurs, car non, l’amour ne guérit pas tout contrairement à ce que les fictions aiment faire croire).

Enemies to lovers

Attention, ici on parle bien des relations enemies to lovers et non pas rivals to lovers avec lesquelles on les confond souvent.

Les enemies to lovers désigne une relation où les personnages se détestent avant de basculer petit à petit vers la passion amoureuse.

Le statut d’ennemi excuserait le fait d’infliger les pires choses à quelqu’un, et cela va souvent de pair avec des violences verbales, physiques, voire même de la torture.

C’est donc toujours très étonnant de voir les personnages pardonner la violence exercée à leur encontre pour ensuite vivre une idylle.

Ce trope va souvent de pair avec celui du Evil is sexy, où les méchant·es sont décrit·es comme attirant·es et leur cruauté est souvent érotisée.

Bastard Boyfriend et Bastard Girlfriend

Ces deux types de personnages ne sont pas toujours proposés de la même façon : la petite amie abusive sera souvent temporaire si elle est avec un homme, tandis que le petit ami abusif, lui, sera généralement l’intérêt amoureux principal d’une héroïne.

On note déjà un premier problème dans ces formes de représentations, où il apparaît comme acceptable qu’une femme reste avec un homme irrespectueux, tandis que les hommes quant à eux mériteraient « mieux ».

Ces personnages sont souvent présentés comme très attirants, et leur physique serait en quelque sorte une bonne excuse pour tolérer ces formes de violences.

La jalousie et la possessivité sont aussi décrites comme des formes d’amour, et excusées entre autres par le passé tortueux du personnage (ça arrive parfois que ces personnages-là soient des Broken Bird ou des Troubled, but cute mais ce n’est pas obligatoire).

Ce sont des archétypes très populaires en fiction et qui deviennent presque la norme dans les romances M/F.

Conclusion

Voilà pour cette petite sélection de tropes qui flirtent souvent avec le problématique.

Pour autant, il ne faut pas non plus croire que toutes les personnes qui lisent ce genre de romances cherchent le même genre de relation dans la vie réelle. La plupart ont conscience de la toxicité de ces romances.

Malgré tout, c’est important de voir quels mécanismes il peut y avoir derrière et quel impact cela peut avoir sur l’imaginaire commun.

C’est pourquoi il ne faut donc pas non plus fermer les yeux sur l’influence que ce genre de représentations pourraient avoir par exemple dans le fait de banaliser certaines formes de violence, notamment verbales, voire physiques, dans les couples sous prétexte que c’est commun en fiction et que donc que cela serait aussi « normal » dans la vraie vie.

l ne s’agit donc pas de forcément de s’interdire de les utiliser (encore que pour certains on s’en porterait pas plus mal), mais d’avoir conscience des messages sous-jacents, et si possible essayer de les subvertir, de les questionner ou au moins les assumer en mettant des trigger warnings ou des notes à leur propos (cela permet aussi qu’on n’assimile pas vos écrits à l’idée que vous vous feriez de l’amour).

Néanmoins, certains tropes sont de moins en moins tolérés et ce, même dans les genres comme la Dark Romance. Il devient par exemple de plus en plus difficile de justifier les viols, qui étaient banalisés et même érotisés il y a quelques années.

Avec le succès de certains titres, on voit bien que des romances douces et saines plaisent tout autant, donc espérons que le futur mettra un peu plus en avant des relations amoureuses saines entre les personnages, où le respect et la bienveillance prendra le pas sur les formes de violence et de cruauté.

Ce n’est pas parce que vous aimez un de ces tropes ou que vous avez utilisé l’un d’entre eux que vous avez un problème ; la plupart d’entre eux sont toujours très populaires et appréciés (comme les enemies to lovers ou le bad boy à « guérir »).

Il y a plusieurs études qui essaient d’expliquer cet attachement à ces figures pourtant négatives et j’en avais abordé quelques-unes d’entre elles dans ma publication sur la New Romance pour celleux que ça intéresse.

Certes les conflits sont souvent considérés comme le « moteur » de l’histoire, mais certaines romances arrivent très bien à s’en sortir sans tomber dans les travers évoqués. On le voit par exemple avec des romances qui mettent à l’honneur des relations douces et bienveillantes comme Heartstopper qui a beaucoup de succès (et c’est donc qu’il y a un public pour ce genre de romance contrairement à ce que l’on pourrait croire).

Vous pouvez aller jeter un œil aux pages TV Tropes des thèmes abordés afin d’avoir des exemples précis, voire des façons de les subvertir !

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