Sensitivity reading : Les erreurs les plus fréquentes et leurs solutions

Malgré les recherches, les discussions avec les personnes concernées et toute votre bonne volonté, vous vous rendez compte que vous avez fait une représentation maladroite, voire offensante dans votre roman.

Que faire dans ces cas-là ?

Nous allons voir ensemble les biais et maladresses qui reviennent le plus souvent dans les manuscrits et les différentes solutions qui s’offrent à vous.

Problème de vocabulaire

Essayez de bien vous renseigner sur le vocabulaire militant de la thématique que vous traitez et les mots à ne pas utiliser.

Si vous avez fait une maladresse au niveau des termes employés, vous pouvez faire une recherche basique dans votre logiciel de traitement de texte avec ctrl + f et remplacer ces mots.

Mais l’erreur inverse, c’est aussi d’éviter à tout prix certains termes. C’est le cas par exemple du mot « gros/grosse » qui n’est presque jamais utilisé pour décrire un personnage, ou encore de ne pas qualifier des faits par ce qu’ils sont (par exemple utiliser « agression » à la place de « viol »).

Une représentation négative

Admettons que le méchant dans votre livre est associé ou présenté comme appartenant à la communauté LGBTQIA+.

Si c’est le seul personnage queer de votre livre et que c’est une représentation négative, cela risque de vite poser problème. Deux solutions principales s’offrent à vous ici :

Réécrire votre personnage de sorte qu’il ne soit pas queer ou perçu comme tel.

Contrebalancer votre personnage avec un autre personnage queer plus positif.

Rajouter un personnage pour contrebalancer est déjà un peu plus complexe, car nécessite que vous vous remettiez dans la phase de recherches afin d’être certain·e de ne pas véhiculer des stéréotypes avec ce nouveau personnage.

Soyez également vigilant à ne pas tomber dans le tokénisme* en fonction du personnage minorisé que vous écrivez : il faut que ça reste un personnage complexe, pas un personnage uniquement caractérisé par une seule partie de son identité.

*Le tokénisme est le fait de rajouter de manière artificielle des personnages pour pouvoir mettre en avant que l’on est inclusif.

Un de mes personnages tient des propos problématiques

Il faut faire attention lorsque l’un de vos personnages est caractérisé comme raciste, homophobe, validiste, etc., car le lectorat peut avoir tendance à assimiler les opinions des personnages à l’auteurice si certaines précautions ne sont pas prises.

Si vous pensez vraiment que les propos sont nécessaires à l’intrigue, alors faites bien attention à contrebalancer ce qui est dit avec d’autres personnages, soit en les faisant intervenir, soit en décrivant leur intériorité pour montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec ce qui est dit, ou simplement en utilisant la narration.

Le but est de montrer que vous avez bien conscience de ces propos offensants et que vous ne les cautionnez pas. Il y a beaucoup de livres avec une frontière floue où les propos et/ou les messages véhiculés sont beaucoup plus subtils, donc on ne sait pas toujours si les opinions sont purement fictionnelles ou partagées par l’auteurice.

Dans le doute, mieux vaut donc être assez clair sur la question.

L’autre solution est de tout simplement supprimer les passages problématiques (voire le personnage en question) s’ils ne sont pas nécessaires à l’intrigue. Par exemple, si vous n’abordez pas du tout l’homophobie dans votre livre, autant supprimer cette insulte homophobe gratuite.

L’inspiration porn

C’est le fait de glorifier de manière exagérée un personnage minoré.

On utilise surtout ce terme pour les personnages handicapés, mais on peut observer le même genre de mécanismes appliqués aux autres personnages marginalisés.

Ça part certainement d’une très bonne intention de votre part, mais il faut éviter de s’extasier sur le courage, la beauté, l’intelligence ou n’importe quelle qualité applicable à n’importe qui uniquement parce que votre personnage est minorisé.

Le fait d’en faire trop en glorifiant un personnage tend justement à le rendre différent et l’exclure d’une autre façon.

C’est super que vous vouliez mettre en avant des représentations positives, mais faites dans la sobriété et la simplicité. Évitez donc d’écrire de longs passages qui chantent les louanges d’une partie de l’identité d’un de vos personnages et demandez-vous si vous l’auriez fait pour un personnage blanc/cis/hétéro/valide.

C’est toujours bon de préciser que les stéréotypes ne sont pas forcément négatifs, ils peuvent aussi être positifs et poser tout autant problème (comme avec le fameux mythe de la minorité modèle). Alors attention à ne pas tomber dans les contre-stéréotypes qui peuvent eux aussi renforcer certains clichés.

Le trauma porn

C’est décrire de façon très détaillée les violences subies par les personnages minorisés. On voit ça souvent avec les scènes de viols, de meurtres ou de tortures.

Bien souvent, les mots se suffisent à eux-mêmes et il n’est pas nécessaire de détailler autant ces scènes pour montrer à quel point elles sont horribles pour les personnages. Les trigger warnings sont également recommandés si vous abordez de tels sujets.

Comme toujours, c’est bien d’avoir à l’esprit pour qui vous écrivez ces scènes et pourquoi vous voulez décrire dans les détails de tels passages. En fonction des publics, la réception ne sera pas du tout la même. Et c’est toujours mieux d’éviter d’utiliser des traumatismes comme une esthétique pour définir l’ambiance de votre livre.

Conclusion

Voilà une première partie sur les maladresses que je vois le plus souvent dans les manuscrits et les solutions les plus génériques à ces problèmes.

Attention cependant, la plupart des techniques que j’ai évoquées sont un peu du « cache-misère » ; si vous vous rendez compte que vous tombez dans certains biais, essayez vraiment d’approfondir vos recherches pour éviter de véhiculer encore plus de clichés en voulant réparer vos erreurs.

Les solutions listées sont des possibilités loin d’être exhaustives, et non pas des obligations. Il faut voir au cas par cas si elles sont applicables à votre roman, d’où le fait d’y réfléchir éventuellement avec des sensitivity readers pour comprendre ce qui mérite d’être modifié ou non.

J’aurais pu également aborder les problèmes liés à la fétichisation et aux différents « gazes » et les tropes de « sauveur », mais d’autres personnes l’ont fait bien mieux que je pourrais le faire donc je vous mets les posts en story sur mon compte Instagram !

Plusieurs des concepts sont approfondis dans d’anciens posts ou par d’autres personnes, donc comme d’habitude, n’hésitez pas à aller consulter les stories à la une pour approfondir tout ça si vous n’êtes pas encore familier avec tous ces termes.

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