Comment rendre son roman vivant avec le « show, don’t tell » ?

S’il y a bien un conseil qui est asséné en permanence dans les sphères d’écriture anglophones, c’est celui du « show, don’t tell » ou en français mal traduit « montre, ne raconte pas ».

C’est l’une des astuces qui permet principalement de donner vie à ses descriptions et aider le lectorat à avoir l’impression d’assister lui-même aux événements.

Dans son livre Show, don’t tell, Sandra Gerth nous donne tout un tas de conseils que l’on va voir ensemble pour nous aider à bien appliquer ce concept.

Introduction

Pour bien comprendre la différence entre montrer et raconter, voici un exemple de « tell » :

« Léa était en colère. » 

Ici, on raconte plutôt que l’on montre.

Si l’on veut être dans le « show », il faut prouver en quoi Léa est effectivement en colère :

« Léa claqua la porte derrière elle et agrippa David par le col de sa chemise :

— Tu te fous de moi ? »

C’est une différence très simple, et qui donne pourtant beaucoup plus de vie au récit. C’est ce genre de détails qui permet au lectorat de mieux visualiser la scène.

Mais attention, le « tell » n’est pas non plus à bannir complètement de votre roman, il a lui aussi son utilité comme nous le verrons plus tard.

Le « show » permet donc de vivre les événements grâce aux descriptions plutôt que d’avoir un simple compte-rendu. Montrer plutôt que raconter crée une image concrète dans l’esprit du public plutôt que quelque chose d’abstrait. Raconter se contente souvent d’un résumé de faits, tandis que montrer les choses convoque des émotions et permet de dramatiser la scène. Raconter met de la distance entre le lectorat et la scène, décrire permet de le rendre impliqué.

Il vaut mieux utiliser le « tell » quand il est question de transmettre des informations qui ne laissent pas de place à l’interprétation. Le « show » est généralement plus intéressant à utiliser car il permet de faire travailler l’imaginaire des lecteurices, en les poussant à tirer leurs propres conclusions sur leur lecture.

Quand utiliser le « show » à la place du « tell » ?

Sandra Gerth liste 9 situations où l’on utilise le « tell » alors que le récit pourrait gagner en puissance si on optait pour le « show » :

1)  Les conclusions

C’est lorsqu’on empêche le lectorat de tirer ses propres conclusions en les énonçant.

Tell : « C’était évident qu’elle cherchait les problèmes. »

Show : « — Tu veux te battre ? demanda-t-elle en se plantant devant lui. »

Le langage corporel, les expressions du visage, les dialogues, ou les descriptions d’action sont autant d’outils qui permettent de comprendre les intentions du personnage sans que l’on n’ait besoin de les dire explicitement.

2) Les descriptions générales

Si on est pas assez précis et qu’on utilise des descriptions vagues ou générales, c’est qu’on est dans le « tell » plus que le « show ».

Tell : « Elle constata qu’il était toujours vivant. »

Show : « Elle s’accroupit et posa deux doigts sur son cou. Son pouls pulsait fébrilement, mais il n’était pas trop tard. »

Plus on est précis, plus le lectorat est impliqué émotionnellement et immergé dans l’histoire.

3) Les résumés

Résumer son histoire en se contentant des grandes lignes peut être une solution pour venir à bout de son premier jet. Mais dans les réécritures finales, c’est mieux d’essayer d’éviter le plus possible les passages de ce type. Les personnes qui liront votre livre préféreront généralement assister à la scène plutôt que d’en avoir un vague résumé.

Par exemple, au lieu de dire « le combat était rude, mais il réussit à l’emporter », c’est typiquement le genre de scène où c’est plus intéressant d’être dans le « show » et de montrer en quoi exactement la lutte était difficile avec une scène de combat.

4) Éléments passés

Quand on passe du passé simple à du plus-que-parfait ou du présent à du passé composé, c’est souvent qu’on est dans le « tell » au lieu du « show ».

Tell : « J’avais essayé d’ouvrir la porte mais je n’avais pas réussi. »

Show : « Je tournai ma clé dans la serrure, mais quelque chose bloquait. Après plusieurs à-coups et coups de pied, je laissai tomber en donnant un dernier coup de poing dans la porte. »

5) Les adverbes

Un bon indice de « tell » est l’usage des adverbes. Si on en utilise, c’est que généralement on est dans l’explication plutôt que la description. Il ne s’agit pas de supprimer tous les adverbes de son écriture, mais de voir quand cela est plus intéressant de les remplacer.

Tell : « Elle attendait nerveusement son tour. »

Show : « Assise sur la chaise, son regard faisait des allers-retours entre la porte et chaque personne de la salle. Elle agitait sa jambe, ce qui attira l’attention de la femme à côté d’elle qui la gratifia d’un regard noir. Bon, ça finit quand ? »

Il n’est pas forcément nécessaire de décrire autant, parfois on peut simplement remplacer un adverbe par une description qui est plus immersive :

Tell : « —T’es sérieux ? » dit-elle avec colère. »

Show : « — Tu te fous de moi ? dit-elle en abattant son poing sur la table.»

6) Les adjectifs

Même chose que pour les adverbes : les adjectifs peuvent généralement être remplacés par des descriptions plus élaborées.

Tell : « J’étais terrorisé. »

Show : « Oh non non non, c’est pas vrai ! Mes jambes tremblaient tellement que je n’arrivais plus à les bouger. »

7) Les verbes faibles et d’état

Les verbes comme « être », « paraître », « sembler », « faire », etc. indiquent généralement que l’on est dans le « tell » plus que le « show ». C’est parfois mieux de remplacer des verbes faibles de ce type par des verbes plus actifs.

Tell : « Il faisait froid. »

Show : « Elle soufflait sur ses doigts gelés pour les réchauffer. »

8) Les émotions

Plutôt que de nommer explicitement les émotions, c’est mieux de décrire leurs effets sur les personnages.

Tell : « Quand Léa partit, Paul fut soulagé. »

Show : « À la seconde où Léa franchit la porte, Paul cessa de retenir son souffle et ses muscles se détendirent. »

9) Les verbes de sensations

Les verbes comme « sentir », « penser », « entendre », « regarder », « réaliser » et tous les verbes qui font une sorte de filtre entre le lectorat et le personnage montrent que l’on est généralement dans le « tell ». Ces verbes mettent une distance avec la scène car la personne qui lit est obligée de la vivre par le biais du personnage au lieu de l’expérimenter directement. Dans la mesure du possible, c’est bien d’éviter de ce genre de verbe.

Tell : « Léa se rendit compte qu’il mentait. »

Show : « Il mentait. »

Cela permet d’enlever le filtre, mais également parfois de donner plus de rythme ou d’impact à la narration.

Tell : « Il comprit qu’il avait perdu ses clés. »

Show : « Il tapota toutes ses poches. Rien. Oh c’est pas vrai… Où est-ce qu’il avait mis ses clés ? »

Comment transformer le « tell » en « show » ?

Maintenant que vous savez repérer quand utiliser le tell plutôt que le « show », nous allons voir les petites techniques pour donner plus de vie à votre récit.

1) Les cinq sens

Il faut laisser le lectorat vivre la scène, et pour cela, les cinq sens sont la meilleure façon pour qu’il ait l’impression d’y être. Généralement, c’est surtout la vue qui est utilisée dans les récits, mais il ne faut pas hésiter à solliciter l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat dès que c’est possible.

Tell : « La pizza était délicieuse. »

Show : « La pizza fumante qu’on lui présentait venait titiller ses narines. Le basilic et la sauce tomate la ramenaient directement en Italie. Elle prit une bouchée, et la pâte croustilla sous ses dents en même temps que le fromage bien salé fondit sur sa langue. »

2) Utiliser des verbes d’action

Plutôt que d’utiliser des verbes faibles, génériques ou d’état, il faut privilégier des verbes qui se suffisent à eux-mêmes et supprimer ceux qui sont inutiles. Montrer plutôt que raconter ne veut pas forcément dire écrire des tartines et des tartines de descriptions ; souvent, un verbe plus précis permet de raccourcir la phrase et de donner un effet plus immersif.

Tell : « Elle commença à trembler. »

Show : « Elle trembla. » ou « Ses tremblements vibraient dans tout son corps. »

Quand les actions ne sont pas importantes, on peut tout à fait utiliser des verbes faibles. En revanche, si l’on veut rendre une scène plus vivante, c’est là qu’il faut songer à utiliser le « show ».

3) Utiliser des mots précis

Il faut éviter d’être vague et d’utiliser des mots précis quand c’est possible.

Tell : « Elle mangea son petit-déjeuner. »

Show : « Elle sauça le sirop d’érable qu’il restait de ses pancakes après avoir englouti ses œufs au plat. »

4) Diviser une action en plusieurs parties

Au lieu de dire que votre personnage a fait le ménage, vous pouvez par exemple le décomposer en plusieurs parties : il a fait son lit, il a passé l’aspirateur, il a rangé les choses qui trainaient, etc.

Attention cependant à ne pas tomber dans l’extrême inverse qui consiste à trop utiliser le « show » et décrire des choses inutiles. Les détails sont importants pour immerger le lectorat, mais trop de précisions peuvent l’ennuyer. Dans l’exemple du ménage, pour éviter de rendre ce genre de scènes barbante, on peut disséminer des informations sur le background du personnage : remettre en place une vieille figurine que son père lui a offerte, décrire à quel point c’est le bazar pour montrer que le personnage est très désorganisé, etc.

5) utiliser le langage figuratif

Les figures de style comme les métaphores ou les comparaisons permettent de créer des images dans l’esprit du lectorat. Si les comparaisons viennent directement du vécu du personnage, elles ont encore plus d’effet car cela renforce sa caractérisation. Par exemple, si un personnage travaille dans les mines, il peut comparer ce qu’il voit à des pierres précieuses.

En revanche, il ne faut pas non plus en utiliser à chaque phrase car ça risque de rendre les descriptions lourdes ou forcées.

Dans la même lignée, il faut éviter les métaphores que l’on a vues des centaines de fois et qui sont considérées clichées comme « bleu comme le ciel/la mer », etc.

6) Écrire en « temps réel »

Lorsque l’on résume quelque chose, on a tendance à raconter la scène au passé. Quand on repère des passages de ce type, on peut se demander si ce ne serait pas mieux de montrer ce qui s’est déroulé dans les détails et dans le temps principal du récit plutôt que d’en proposer un résumé.

7) Utiliser des dialogues

Les dialogues sont d’ailleurs l’une des choses qui permettent de voir les actions en « temps réel ». Ils permettent aussi de transmettre des émotions s’ils sont réussis.

8) Utiliser des monologues intérieurs

Cela dépend du style et du point de vue de votre roman, mais si vous pouvez livrer directement les pensées du personnage, cela peut permettre de montrer les émotions sans avoir à les nommer.

Tell : « J’étais soulagée que ce soit la fin. »

Show : « Enfin ! La cloche sonna la fin de la journée et je pus partir. »

9) Se concentrer sur l’action et les réactions pour caractériser les personnages

Lorsque l’on décrit un personnage, plutôt de dire qu’il est simplement méchant, il vaut mieux montrer en quoi il est mauvais exactement en le montrant par exemple frapper un enfant ou un animal. Ce sont les actions ou les réactions aux événements qui doivent dire qui sont exactement les personnages plus que des adjectifs.

Ne pas bannir le « tell »

Nous avons donc vu comment utiliser concrètement le « show, don’t tell » et améliorer vos récits et descriptions. Je le redis encore une fois, mais le « tell » n’est pas non plus complètement à bannir ; il peut être utile, voire vital pour garder l’intérêt de votre lectorat et éviter de l’abreuver de choses inutiles. Dans certains cas, il est même à privilégier :

Les détails inutiles

Pour chaque passage de description, il faut se demander si le lectorat a vraiment besoin de connaître ces informations. Si ce n’est pas le cas, c’est peut-être mieux de raconter plutôt que de décrire.

Les transitions

Pour les transitions comme les changements de scène ou les sauts dans le temps, le « tell » est souvent plus pratique que le « show ».

Exemple de tell : « Après trois jours sans nouvelles, elle en a eu marre. »

Ici, on a pas besoin de raconter tout ce qu’elle a fait pendant les trois jours si ce n’est pas très intéressant à lire.

La répétition d’information ou d’événements

Il faut éviter de répéter deux fois la même chose au lectorat. Mais quand ce n’est pas possible, alors, le « tell » est de rigueur plutôt que d’assister à un personnage qui raconte à un autre une scène à laquelle on vient tout juste d’assister.

Exemple de tell : « Il lui raconta dans les détails son affrontement avec Léa. »

Le rythme

Si on s’amuse à décrire tout, on finit avec un livre de 500 000 mots et un public qui risque d’avoir abandonné en cours de route. Le rythme est important à prendre en compte, et le « tell » est utile pour délivrer une information au lecteur lorsqu’on est dans une scène intense et qu’on ne veut pas ralentir le rythme pour autant.

À l’inverse, après une succession de scènes d’action, le « tell » permet au lecteur de souffler un peu.

Le contexte

Raconter permet de donner du contexte avant des actions ou des dialogues.

Exemple de tell : « Après avoir passé la journée à s’entraîner, Léa daigna enfin se montrer au réfectoire.

— T’as l’air épuisé, dit Paul. »

Dans cet exemple, ce n’est pas la peine de montrer dans les détails l’entrainement de Léa si ce n’est pas important pour l’intrigue. Ici, on explique simplement que si Léa est fatiguée, c’est parce qu’elle s’est entraînée avant.

Le suspense

Raconter permet également de jouer avec les attentes du lectorat. Si l’on explique par exemple qu’un personnage fait toujours une surprise à l’autre quand il va le voir, le lecteur va se demander ce qu’il va lui réserver comme surprise cette fois-ci.

Les premiers jets

Ceux qui sont adeptes des « vomit drafts » savent que le plus important est d’avoir son manuscrit écrit en entier plutôt que juste des morceaux bien écrits. L’amélioration du récit et le travail du style viendront lors des réécritures, donc c’est tout à fait ok, voire conseillé, d’utiliser le « tell » plutôt que le « show » dans le premier jet. L’étape du « show, don’t tell » arrive souvent lors des réécritures pour la plupart des auteurs.

Conclusion

Comme nous l’avons vu, tout est une question d’équilibre : certes le « show » permet de donner quelque chose en plus au texte, mais le « tell » n’en est pas moins important pour ne pas perdre le lecteur dans tout un tas de détails inutiles. Pour chaque morceau, il faut donc se demander si c’est important pour l’intrigue (si oui c’est mieux de le « montrer »), si c’est un peu moins important mais que ça l’est quand même (alors il faut peut-être plutôt le « raconter ») ou bien si c’est simplement inutile à l’intrigue (dans ce cas on peut carrément supprimer le passage entier).

Comme d’habitude, je précise que le « show, don’t tell » est un outil, et non pas une règle. Vous pouvez très bien faire certains choix de narration en vous focalisant sur le « tell » car cela correspond plus à votre style. C’est donc à vous d’adapter ces conseils à votre propre pratique !

N’hésitez pas à lire le livre de Sandra Gerth si vous êtes à l’aise avec l’anglais, elle donne plein d’exemples et de cas précis et développe d’autres notions très utiles ! Je ne propose qu’un bref résumé, et il vaut vraiment le coup d’être lu.

Pour approfondir, l’analyse de l’incipit de La Passe-Miroir de Christelle Dabos est un parfait exemple d’utilisation du « show, don’t tell » qui donne vie à un univers.

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